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Cet article a pour objectif de compiler quelques blagues extraites d’un célèbre recueil de la fin de la dynastie Ming (1368-1644) où les relations entre hommes sont évoquées ou décrites. Après une brève présentation de l’auteur et du recueil, les histoires drôles sélectionnées seront traduites et quelque peu explicitées.


 

Compilation de blagues gaies extraites du Xiaofu 笑府 (Trésor du rire) de Feng Menglong 馮夢龍 (1574 - 1646) : traduction et commentaires

Pierrick Rivet

Université Paul-Valéry Montpellier 3 - LLACS


 

 

 


 

Présentation

Publié au cours de la deuxième décennie du XVIIème siècle, le Xiaofu 笑府 (Trésor de blagues) de Feng Menglong 馮夢龍 (1574-1646) est un recueil d’histoires drôles très célèbre de la fin de la dynastie Ming (1368-1644). Son auteur est une figure incontournable de la littérature populaire chinoise. Né à Changzhou 長洲 — un district de l’actuelle ville de Suzhou 蘇州 —, Feng Menglong débute sa carrière littéraire dès la fin de son adolescence et laisse finalement derrière lui une cinquantaine d’ouvrages consacrés à la littérature populaire (Lévy, 2000, p. 79). L’œuvre qui a participé à la renommée de l’auteur n’est autre que le Sanyan (Trois paroles), trois volumes de contes en langue vernaculaire (baihua duanpian xiaoshuo 白話短篇小說)[1]. Toutefois, les recueils de chansons populaires tels que le Shan'ge 山歌 (Chants montagnards)[2], le Guazhi’er 掛枝兒 (Brindilles suspendues) ou encore les notes prises au fil du pinceau (biji 筆記) comme le Qingshi leilue 情史類略 (Abrégé thématique du sentiment amoureux)[3], ont également contribué à la notoriété de l’auteur. Dans la plupart de ses ouvrages, l’humour n’est jamais très loin si bien qu’il est possible de voir en Feng Menglong une figure majeure de l'humour et du rire dans la Chine traditionnelle.

Le Xiaofu est divisé en 13 rouleaux (juan ) et contient plus de 700 blagues différentes — dont 559 titres de blagues (Hsu, 2015). Bien qu’elles abordent de très nombreux thèmes comme la richesse, la pauvreté, le mariage, la nuit de noces, la virginité, les organes sexuels, les coutumes, les moines, la prostitution ou encore la nourriture[4], il est possible de constater que la grande majorité d’entre elles concernent la sexualité. Il s’agit très souvent d’une relation sexuelle entre un homme et une femme mais il arrive que parfois il soit question de deux hommes. En réalité, cela n’a rien d’exceptionnel pour cette époque-là, dans le sens où la fin des Ming est l’âge d’or des relations masculines (Shi, 2008). Ce thème est, du reste, courant dans la littérature populaire de cette période et Feng Menglong l’a, à maintes reprises, décrit dans ses œuvres[5] : le Xiaofu ne fait pas exception. Sur plus de trente-cinq blagues gaies référencées par nos soins, vingt sont ci-dessous traduites[6] et commentées.

 

Juan 3

Naître avec un vagin comme anus

Un homme était de nature libidineuse. Après son trépas, le roi des Enfers le condamna à devenir une femme. L’homme en question attrapa un pénis et s’enfuit. Un vagin à la main, un soldat infernal le poursuivit pour faire l'échange. L'homme courait à toute allure sans regarder en arrière. Le soldat qui le suivait lui lança le vagin et dit : « Cours aussi vite que tu le peux, je n’ai aucun doute sur le fait que tu naisses avec un vagin comme anus. »[7]

Cet homme, grand amateur de femmes, ne supporte pas de les délaisser au profit des hommes : quoi qu’il lui en coûte, il veut renaître en homme. C’est la raison pour laquelle il fuit avec un pénis. Le soldat des enfers le poursuit et le condamne à renaître avec un vagin à la place de l’anus[8]. Dans sa prochaine vie, il sera donc pénétré par son « vagin », en d’autres termes, il sera coutumier des pratiques sodomites.

 

Douleur

Un jeune garçon a été initié pour la première fois et ce fut extrêmement douloureux. Il courut plusieurs centaines de foulées comme un fou. Puis il montra son derrière à quelqu'un et lui demanda : « Puis-je déranger mon oncle pour qu'il regarde et me dise si l'œuf est toujours à l'intérieur ? »[9]

Après avoir été défloré par l’arrière, ce jeune garçon souffre tellement qu’il estime être encore possédé par « l’œuf ». Dans le dialecte Wu[10], luan (l’œuf) désigne le pénis.

 

Hérédité d’un petit fonctionnaire

Un longyang avait un fils. Quelqu’un lui demanda : « Tu es déjà un vieux fonctionnaire, est-ce que par hasard tu t’occupes toujours des affaires des petits fonctionnaires ? » Le longyang désigna son fils et dit : « Je désire fortement prendre congé, malheureusement il est encore trop jeune pour me remplacer. »
Qui aurait cru qu'au sein des longyang, il existait aussi un monopole.[11]

Cette histoire recourt à plusieurs appellations gaies, ce qui empêche une compréhension immédiate de la blague. En effet, les termes de longyang 龍陽 (Longyang)[12] et de xiaoguan 小官 (petit fonctionnaire)[13] renvoient aux pratiques sodomites. Ce père de famille aimerait donc arrêter de fréquenter des garçons mais son fils est trop jeune pour le remplacer. La dernière phrase est un commentaire personnel de Feng Menglong qui ajoute un brin d’humour à l’histoire en faisant remarquer que même ce « savoir-faire » se transmet de père en fils.

 

Lancer de pastèques

Un petit fonctionnaire voulait manger une pastèque. Quelqu'un le mit au défi : « Si je lance une pastèque et qu'elle rentre dans ton cul, alors j'aurai perdu et tu pourras la manger. » Comme convenu, la pastèque fut lancée à l’intérieur. Il y eu un bruit et soudainement elle ressortit. L’homme remarqua qu’il y avait déjà une pastèque à l’intérieur.
Un dicton dit : « Quels sont les trois trésors dans le monde ? » Un pénis dur, un anus large et un vagin serré. Quand bien même un pénis mou, un vagin détendu et un anus trop serré seraient agréables, ils n'en demeureraient pas moins étranges. Ce petit fonctionnaire était doté d’un trésor.[14]

La deuxième partie de la blague est de nouveau un commentaire de l’auteur qui explique le comique. Dans le cas présent, il révèle que ce fonctionnaire était doté d’un des trois trésors sexuels à savoir un anus large (indispensable à l’extase sexuel). Un commentateur nippon fit d’ailleurs remarquer que ces pastèques devaient être différentes de celles actuelles : sans doute était-il possible de les manger en une seule bouchée (Mutō & Matsueda, 1964).

 

Le mari du mari

Un homme s'entendait très bien avec un petit fonctionnaire. Lorsque ce dernier grandit, l'homme le maria. Dès lors, l'homme se rendait chez lui sans se cacher de sa famille. Un jour, alors qu'il entrait dans la chambre à coucher, la belle mère du petit fonctionnaire qui se trouvait là, demanda à sa fille : « Qui est ce proche ? » Sa fille lui répondit : « Le mari de mon mari. »[15]

En mariant le jeune garçon qu’il fréquente, l’homme peut continuer à entretenir une relation intime avec lui. La femme de ce dernier en est consciente et ne le cache pas.

 

Longyang nouvellement marié

Un Longyang venait de se marier. Dès qu'il se mit au lit, il se plaça immédiatement devant le derrière de son épouse pour le faire.  Cette dernière lui dit qu'il se trompait. Il répondit : « Depuis tout petit, je l'ai toujours fait ainsi, comment pourrais-je me tromper ? » Elle rétorqua : « Depuis toute petite, ce n'est pas comme ça que je fais ! »


Un autre Longyang, une fois marié, passait toutes ses nuits hors de chez lui. Son épouse se rendit chez sa mère et lui dit : « Je ne veux plus de lui. » La mère, surprise, l'interrogea sur ses raisons, laquelle lui répondit : « Je suis une fille d'une bonne famille, mais à ses côtés, je ne suis qu'une tortue ! » [16]

Ces deux histoires ont le même titre. La première est simple : l’homme veut consommer son mariage comme il l’a toujours fait jusqu’à lors, autrement dit par derrière. C’est donc un habitué des pratiques sodomites. Son épouse, quant à elle, l’a toujours fait différemment avec les hommes.

Quant à la seconde, le comique vient du mot wugui 烏龜 (tortue) qui signifie « être cocu ». Toutefois, ce terme est généralement utilisé par les maris trompés, or ici c’est une femme qui l’emploie : on comprend donc qu’elle est cocue par un autre homme.

 

Cercueil

Il y avait un amateur de beauté masculine qui, une nuit, à une heure avancée, chercha refuge dans une auberge. Il partagea une chambre avec un vieillard imberbe. Dans l’obscurité, il crut avoir affaire à un jeune homme et chercha à le séduire. Depuis toujours, ce vieillard pratiquait les mœurs anales ce qui lui fit très plaisir. Presque parvenu au comble de la joie, le premier homme consentit à lui confectionner un vêtement et à lui acheter des chaussures. Le vieillard refusa tout cela. Le premier lui demanda ce qu’il voulait et le vieillard répondit : « J’aimerais un cercueil ! »

 

Un vieux Longyang péta et le client qui l’accompagnait se mit à grincer des dents. Les gens demandèrent pourquoi, ce à quoi il répondit : « Le vieux corbeau a crié ! » (En Wu, le corbeau et l'anus sont homonymes). C'était risible. [17]

De nouveau, deux blagues portent le même titre. La première met en scène un homme, plus exactement un nanse 男色, terme pouvant se traduire par « convoitise masculine » et faisant référence aux beautés masculines qui plaisent aux hommes. À l’instar de longyang, ce terme est très usité pour renvoyer aux pratiques sodomites. Cet homme donc, prend grand plaisir à s’amuser avec ce vieillard — qu’il croit très jeune — et souhaite le couvrir de cadeaux (peut-être pour en faire un partenaire régulier ?). Toutefois, le vieillard, se sachant proche de la mort, préfère se voir offrir un cercueil.

Le comique de la seconde histoire est plus difficile à saisir à cause du jeu sur les sonorités. Comme le commente Feng Menglong, le corbeau (ya ) se prononce comme l’anus (ya 毛丫) en Wu. Dans la dernière phrase, il faut donc comprendre que ce n’est pas le corbeau qui a crié…

 

Portier

À la campagne, les moustiques étaient énormes. Un paysan les détestait tellement qu’il déménagea en ville. Devant la sous-préfecture, il entendit quelqu’un appeler le portier. Le paysan le vit et, étonné, lui dit : « Les moustiques (les portiers) de la ville sont énormes. Ne piquent-ils pas les gens à mort ? » Il lui répondit : « Il n’en est rien ! À la campagne, les moustiques piquent les gens mais à la ville, ce sont les moustiques qui se font       piquer ! »[18]

Dans cette blague, la référence aux pratiques sodomites est imperceptible en l’état, et ce, à cause du jeu phonétique entre wenzi 蚊子 (moustique) et menzi 門子 (portier) qui sont quasiment identiques. La chute suggère que le portier se fait « piquer » par des moustiques, autrement dit par des dards. Cette blague rappelle, du reste, que bien souvent à l’époque, les portiers avaient le rôle de « pénétré ». [19]

 

Acteur

En sortant de chez lui, un acteur dit à sa femme : « Mon compagnon va venir. Sort le tambour et compare avec lui le cœur de la pièce. » Par erreur, son épouse crut entendre : « Sort tes fesses et compare avec lui le cœur de ton cul ». Le compagnon arriva et elle lui montra sa cour arrière. Il demanda : « Qu’est-ce que t’a dit ton mari concernant ma manière de faire ? » L’épouse répondit : « Tout va bien, seulement quand le drame accélère, le rythme doit suivre ! »[20]

Encore une fois, les jeux sur les sonorités créent le comique. L’épouse ayant compris de travers — le chu xi gu 出戲鼓 (sort le tambour) devient chu pi gu 出屁股 (sort le cul) et le xi yan 戲眼 (l’œil du drame) devient pi yan 屁眼 (l’œil du cul) —, tend ses fesses au musicien. Ce dernier s’imagine que son mari lui à parler de sa façon dont il le sodomise.

 

Juan 5

Moine passe une nuit dans une maison close

Un moine passe la nuit dans une maison close. Après avoir caressé la prostituée par-devant et par-derrière, le moine s'est soudainement écrié : « Comme c'est étrange ! Comme c'est merveilleux ! Le devant ressemble à celui des nonnes et le derrière est semblable à celui de mes disciples. »[21]

Ce moine a visiblement l’habitude de fréquenter les nonnes comme les disciples. Rien de très surprenant puisque le thème du moine lubrique est très régulièrement évoqué dans la littérature licencieuse.[22]

 

Pet bruyant

Un moine avait le scrotum enflé. Il pria un médecin de venir l'examiner, qui lui dit : « Cette maladie est facilement curable chez les gens mais chez les bonzes, c'est extrêmement difficile. » Il demanda pourquoi et le médecin répondit : « Cet énorme paquet est empli des pets de disciples. »[23]

En définitive, pour guérir, ce bonze devrait cesser de pénétrer les disciples.

 

Reprendre les mets carnés.

Une nuit, un maître bouddhiste dit à son novice : « Cette nuit, nous pouvons le faire avec un anus végétarien. » Le novice demanda : « Qu'est qu'un anus végétarien ? » Il répondit : « Je n'utiliserai pas de salive. » Une fois fini, le novice, souffrant à l'extrême, s'exclama : « Maître, c’est insupportable, revenons-en aux mets carnés ! »[24]

Visiblement le novice préfère se faire pénétrer avec de la salive car bien moins douloureux. En d’autres termes, « l’anus carné » est plus supportable que celui « végétarien » !

 

Transmettre les sciences occultes

Un vieux taoïste dormait avec un jeune disciple. Ce dernier lui demanda de lui transmettre les sciences occultes. Le vieux lui dit : « Il y de nombreuses sciences occultes ». Le disciple répondit : « Transmettez-moi un peu de savoir ce soir. » Le vieux taoïste accepta : « Puisque tu tiens à ce que je te transmette ce savoir, prosterne-toi d'abord et installe l'autel. »[25]

Il semble que le vieux taoïste commence l’enseignement du disciple par les relations sexuelles d’où le fait qu’il lui demande de se mettre à quatre pattes.

Juan 6

Application d’un onguent

Un adolescent rendait ses devoirs à la nature. Un criquet sauta à l’intérieur de sa cour arrière. Il demanda à quelqu’un de le retirer et ce dernier dit : « Il m’est impossible de le sortir, mais je peux le tuer avec mon pieu pour toi. » Et c’est ainsi qu’il s’activa. L’adolescent déclara : « Dépêche-toi de le tuer avec ton pieu car j’ai peur que quelqu’un nous aperçoive et s’imagine que nous nous adonnons aux mœurs masculines. »[26]

Ce jeune garçon se rend à la selle et un criquet s’aventure à l’intérieur de son postérieur. Une personne vient à son secours et n’a guère d’autre choix que d’écraser l’animal à l’aide de son membre viril. Le jeune le presse d’ailleurs de s’activer, de peur qu’on les surprenne en train de s’adonner au nanfeng 男風 (mœurs masculine). Sous la dynastie des Ming, ce terme est régulièrement employé pour faire référence aux relations sexuelles entre hommes.

 

L’amateur de l’extérieur

Un amateur de l’extérieur aperçut un bateau d’excréments passer. Avec sa main, il remua l’air pour en humer l’odeur. Une personne lui demanda pourquoi, ce à quoi il répondit : « C’est l’odeur des petits fonctionnaires. » Son proche serviteur, qui se tenait à ses côtés, rougit de honte et baissa la tête. La personne l’interrogea alors : « Est-ce que tu es jaloux ? »[27]

L’effet comique de cette blague repose sur le parallèle scatologique du bateau d’excréments et du derrière du petit fonctionnaire. À l’instar du terme longyang, haowai 好外 (aimer l’extérieur) est un diangu qui fait allusion à un passage du Han Feizi 韩非子 (Han Feizi) dans lequel on lit : « Quand le souverain aime au-dedans, le prince héritier est menacé ; quand il aime au-dehors, le ministre est menacé. »[28] L’intérieur, haonei 好内, symbolise les concubines qui sont une menace pour l’épouse principale et donc le fils légitime. En effet, le roi peut préférer une concubine à sa première épouse et faire d’un fils bâtard, l’héritier du trône. L’extérieur symbolise les favoris qui sont une menace pour les fonctionnaires car de par leur intimité avec le roi, ils peuvent l’influencer dans d’importantes décisions qui leur sont profitables, voire prendre des décisions. En définitive, ce bateau d’excréments lui rappelle ses relations avec son serviteur.

 

Juan 8

Suivre l'exemple

En dehors de la ville, un homme découvre des restes humains exposés et, par compassion, les enterre. À la nuit tombée, il entend frapper à sa porte. Il demanda de qui il s'agissait et on lui répondit : « Fei ». Il reposa la question et on lui répondit : « Je suis la concubine Yang Fei. J'ai succombé à Mawei et mes restes n'ont pas été récupérés. Je vous suis reconnaissante de les avoir recouverts et souhaite partager votre literie en remerciement. » Avant qu’elle s’en aille, ils prirent un extrême plaisir ensemble. Un voisin entendit parler de cette histoire et se sentit envieux. Par conséquent, il se rendit hors de la ville en quête d'ossements. Il en trouva et les enterra. À la nuit tombée, il entendit frapper à sa porte. Il demanda de qui il s'agissait et on lui répondit : « Fei ». Il demanda : « Yang Fei ? » et l'autre répondit : « Zhang Fei. » Bien qu'extrêmement effrayé, le voisin s'exclama : « Pour quelles raisons le général Zhang me rend-il visite ? » Il expliqua : « J'ai succombé à Lang Zhong et mes restes n'ont pas été récupérés. Je vous suis reconnaissant de les avoir recouverts et vous offre mon vulgaire postérieur en remerciement. »[29]

Après avoir enseveli des ossements, un homme reçoit la visite d’un esprit qui souhaite le remercier : celui de Yang Guifei (719 – 756), la concubine préférée de l’empereur Tang Xuanzong 唐玄宗 (685 – 762). [30] Un voisin de l’homme tient à recevoir le même traitement et s’empresse de mettre en terre d’autres ossements. Ces derniers appartiennent à Zhang Fei (? – 221).[31] Étant, lui aussi, reconnaissant pour la bienveillance du voisin, il souhaite le récompenser à l’image de Yang Guifei. 

 

Juan 9

Appliquer de la salive

Tout juste marié, le mari craignait que son épouse souffrît et lubrifia avec de la salive. L'épouse fit remarquer : « En fait, chaque endroit à des pratiques différentes. D'où je viens, la salive est utilisée par ceux coutumiers des mœurs masculines. »[32]

Visiblement, l’épouse connaît bien les pratiques entre hommes (sans doute une pratique courante dans sa ville natale). Au moins, cet homme-là, ne cherche pas à passer par derrière !

 

Juan 12

L'épouse ramène à manger

Un pauvre homme avait une belle femme. Nombreux sont ceux qui lui tournaient autour sans que son mari lui permette aucun écart. Toutefois le mari qui se mettait en quête de nourriture au quotidien, ne rentrait pas de toute la journée. Par conséquent, son épouse eut des relations illicites afin de subvenir à ses propres besoins. Un jour, le mari rentra et se plaignit de la faim. Son épouse lui rappela : « Avant, untel voulait m'offrir petit déjeuner et dîner mais tu as personnellement refusé. Les regrets envahirent le mari. Devinant ses pensées, l’épouse l'envoya regarder la marmite : il y avait du riz blanc et de la viande. Ravi de ce copieux repas, le mari demanda d'où il venait. Elle répondit : « Cela a été laissé ici par untel. Ne supportant plus la faim, j'ai commis l'adultère avec lui. »  Ravi, le mari l'interrogea : « Demande-lui s'il est amateur des mœurs masculines. »[33]

Cet homme, qui ne supporte visiblement plus la faim, est donc prêt à imiter son épouse et à fréquenter des hommes pour manger.

 


Bibliographie

Anonyme (1999), Moines et nonnes dans l’océan des péchés. Huang San [trad.], Jean Blasse [trad.], Oreste Rosenthal [trad.]. Arles : Philippe Picquier.

Han, F. (1999). Han-Fei-tse ou le Tao du Prince. Jean Levi [trad.]. Paris : Seuil.

Hsu, P. (2015). Feng Menglong's Treasury of Laughs. Boston : Brill.

Kaser, P. (2015). « Bouquet de blagues », Impressions d’Extrême-Orient, 5. URL : http://journals.openedition.org/ideo/364

Lévy, A. (1978). Inventaire analytique et critique du conte chinois en langue vulgaire. Première partie, premier volume. Paris : Collège de France, Institut des hautes études chinoises.

Lévy, A. (1979). Inventaire analytique et critique du conte chinois en langue vulgaire. Première partie, deuxième volume. Paris : Collège de France, Institut des hautes études chinoises.

Lévy, A. (2000). Dictionnaire de littérature chinoise. Paris : PUF.

Levy, H.S. (1974). Chinese sex jokes in traditional times. Taipei : Chinese Association for Folklore.

Feng, M. (1983). Chinese Love Stories from the Ch’ing shih. H.Y. Li-Mowry [trad.]. Hamden : Archon.

Mutō Sadao 武滕禎夫 & Matsueda Shigeo 松枝茂夫 (1964). Chūgoku shōwa sen: Edo Kobanashi to no majiwari 中国笑話選: 江戶小咄との交わり. Tokyo: Heibonsha.

Rivet, P. 2020. « Représenter les relations entre hommes dans la littérature ancienne chinoise : l’exemple des diangu 典故 », in Imprévue.

Santangelo, P. & Ōki, Y. (2011). Shan'ge, the mountain songs: love songs in Ming China. Leiden ; Boston : Brill.

Shi Ye施晔 (2008). Zhongguo gudai wenxue zhong de tongxinglian shuxie yanjiu 中国古代文学中的同性恋书写研究. Shanghai : Shanghai renmin chuban she.

Wu, C. (2004). Homoerotic sensibilities in late Imperial China. New York ; London : RoutledgeCurzon.

Zhang Zaizhou 张在舟 (2001), Aimei de licheng : Zhongguo gudai tongxinglian shi 暧昧的历程中国古代同性恋史. Zhengzhou : Zhongzhou guji.

 

[1] Les trois volumes dont il est question sont : Yushi mingyan 喻世明言 (Propos éclairants pour édifier le monde), Jingshi tongyan 警世通言 (Propos pénétrants pour avertir le monde) et Xingshi hengyan 醒世恒言 (Propos éternels pour éveiller le monde). Pour un résumé des 120 histoires de ces trois volumes, voir Lévy, 1978, p. 150-347 et Lévy, 1979, p. 351-812.

[2] Pour une traduction anglaise de l’ouvrage, voir Santangelo & Ōki, 2011.

[3] Pour une traduction anglaise partielle et commentée, voir Feng, 1983.

[4] Pour des blagues concernant la nourriture, voir Kaser, 2015.

[5] Voici une liste non-exhaustive où les relations entre personnes de même sexe sont évoquées : Yushi Mingyang, voir juan 1 et 9 ; Jingshi Tongyang, voir juan 15 et 27 ; Xingshi Hengyan, voir juan 10 et 23. Qingshi, voir juan 22, Shan’ge, voir juan 5 ; Guazhi’er, voir juan 3, 5 et 9.

[6] L’édition de référence pour la traduction est un fac-similé d’une édition ancienne, disponible à l’adresse suivante : https://ctext.org/library.pl?if=en&res=81342 Pour une traduction intégrale anglaise, voir Hsu, 2015. Pour une traduction de blagues sexuelles tirées de divers recueils chinois, dont certaines extraites du Xiaofu, voir Levy, 1974.

[7] 毛丫胚。一人性淫。死後冥王判作女身。其人搶一陽物而趨。鬼卒持陰追換。其人疾走不顧。卒遂以陰從後擲之曰。隨你走得快。來世怕不做箇(毛丫)胚。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=85 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[8] Le terme utilisé pour désigner l’anus est extrêmement rare, si bien qu’il n’existe pas au format numérique. Le caractère de l’original est composé de mao et de ya et se prononce ya (Hsu, 2015, p. 96). Toutefois, dans la plupart des versions, il est remplacé par liao ????, sans doute de par la proximité graphique des deux caractères.

[9] 痛。一童子初被誘。痛極。狂奔數百步。因以臀示傍人曰。煩老伯々一看。卵還在裡面否。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=87 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[10] C’est le dialecte de Suzhou dont Feng Menglong est fin connaisseur.

[11] 世襲小官人。有龍陽生子。人謂之曰。汝已做老官人矣。難道還做小官人事。龍陽 指其子曰。深欲告致。只恨替代還小。

不意龍陽中亦有龍斷。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=88 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[12] Le terme de longyang est un diangu 典故 (allusion littéraire) qui fait référence au Seigneur Longyang, ministre très proche du roi Anxi des Wei 魏安僖王 (? – 243 avant notre ère) qui a vécu au troisième siècle avant notre ère. Favori du roi, il entretenait des relations intimes avec lui. Une partie de pêche entre les deux hommes est restée très célèbre et le terme de « longyang » a souvent été réutilisé pour dire qu’une personne était coutumière des relations entre hommes. Pour une traduction de l’histoire, voir Rivet, 2020.

[13] Le terme de xiaoguan est, de manière générale, une appellation pour désigner les fonctionnaires qui occupent un poste peu élevé. Toutefois, sous les dynasties Ming et Qing (1644 – 1911), il renvoie également aux jeunes garçons qui fréquentent des hommes plus âgés. Pour les diverses variantes qu’il existe de ce terme, voir Zhang, 2001, p. 15.

[14] 丟西瓜。一小官人要喫西瓜。人與之賭曰。丟得進屁眼。便輸你喫。如其言投進。有聲。忽迸出。視之。已先有一瓜在內。

俗語云。世間何物為三寶。硬卵寬毛丫與緊屄。卵軟屄寬(毛丫)太緊。總然好煞也蹺蹊。這小官人有一寶矣。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=88 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[15] 夫々:有與小官人厚者。及長。為之娶妻。講過通家不避。一日撞入房中。適親家母在。問女曰。何親。女答曰。夫々。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=89 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[16] 龍陽新婚。一龍陽新婚。纔上床。即攀婦臀欲做。婦曰。差了。曰。我從小學來是這等的。如何得差。婦曰。我從小學來却不是這等的。

又一龍陽畢姻後。日就外宿。妻走母家訴曰。我不願從他了。母驚問故。答曰。我是好人家女兒。倒去與他做烏龜。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=90 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[17] 壽木。有好男色者。夜深。投宿飯店。適與一無鬚老翁同宿。暗中以為少童也。調之。此翁素有臀風。欣然樂就。極歡之際。因許以製衣買鞋。俱云不願。問所欲何物。答曰。願得壽板一副。

有老龍陽洩氣。狎客為之叩齒。眾問故。答曰。老鴉叫。(吳音鴉(毛丫)同)亦可笑。https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=91 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[18] (門子) 。鄉間蚊虫最大。有居鄉者苦之。遷往城中。至縣前。聞有喚門子者。鄉人見之大驚曰。汝城中蚊(门)子恁大。不釘死人乎。答曰。不然。鄉間蚊子是釘人的。城裡蚊子是與人釘的。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=103 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[19] Sur le sujet, voir Wu, 2004, pp. 50-52.

[20] 戲子。戲子出門。囑其妻云。同伴來。可拿出戲鼓教他對々戲眼。妻悮以為脫出屁股。教他對屁眼。同伴至。乃以後庭與之。伴問云。你家主公說我做法何如。其婦云。好是好。只是急撮戲文。板須要上緊些。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=105 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[21] 和尚宿娼。一僧宿娼家。以手摸娼前後。忽大叫曰。奇哉妙哉。前面好像尼姑。後面一似我徒弟。

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=129 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[22] Voir les propos de Jean Blasse dans l’introduction de la traduction du Seng ni nie hai 僧尼孽海 (Moines et nonnes dans l’océan des péchés.  Anonyme, 1999, pp. 7-15.

[23] 响屁。一僧患大卵脬。請醫視之。醫曰。此症。他人患之可醫。惟出家人最難醫。問何故。答曰。這一大包。都是徒弟門的屁在裡頭。」

https://ctext.org/library.pl?if=en&file=92728&page=133 Dernière consultation le 29 décembre 2019.

[24] 開葷。師父夜謂沙彌曰。今宵可????一素毛丫。沙彌曰。何謂素(毛丫)曰。不用唾者是也。已而沙彌痛甚。叫曰。師父。熬不淂。開了葷罷。

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[25] 傳法。老道與小道同睡。小道求傳法術。老道云。法術甚多。小道云。今夜先傳些。老道云。既是要傳。你先伏起壇來。

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[26] 搽藥。又一童子出恭。其蚱蜢跳入後庭。倩人取出。其人曰。取則不能。為汝樁殺之可也。既行事。童子曰。快些樁殺了罷。恐旁人看見。疑為男風耳。

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[27] 好外。有好外者。見糞船過。以手招風而嗅之。客問其故。答曰。小官人香。所幸童在側。愧甚。為之俯首。其人遽謂曰。汝喫醋耶。

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[28] 國君好內則太子危,好外則相室危。Cf. Han, (1999), p. 307.

[29] 學樣。有于郊外見遺骸暴露。憐而瘞之。夜聞叩門聲。問之。應曰。妃。再問。曰。妾楊妃也。遭馬嵬之難。遺骨未収。感君掩覆。來奉枕席。因與極歡而去。鄰人聞而慕焉。因遍覓郊外。亦得遺骸瘞之。夜有叩門者。問之。應曰。飛。曰。汝楊妃乎。曰。俺張飛也。其人惧甚。強應曰。張將軍何為下顧。曰。俺遭閬中之難。遺骨未収。感君掩覆。特以粗臀奉獻。

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[30] De son vrai nom Yang Yuhuan 楊玉環, elle est connue pour son immense beauté. Lors d’une révolte initiée par le général An Lushan 安祿山, elle fut contrainte de se suicider à Mawei 馬嵬, dans la province du Shaanxi 陝西.

[31] Un célèbre général du royaume de Shu qui fut assassiné dans son sommeil à Langzhong 閬中, dans la province du Sichuan 四川.

[32] 抹唾。新婚。壻恐婦苦難。以唾抹之。婦曰。原來鄉方處々別。我那邊。男風便用唾。

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[33] 妻給食。一窮漢婦美。頗有調之者。夫不許。然夫每出覓食。輒竟日不歸。婦因為私交以自給。一日夫歸。呼餓甚。婦曰。前某々願給我朝夕。汝自不肯耳。夫悔恨久之。妻知其意思。因使視鍋中。則有白米飯。及肉在。欣然飽餐。問何從來。妻曰。此即某所遺也。因忍餓不過。姑與私通耳。夫喜曰。問此人好男風否。

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