Logo numerev
Humanités des Suds, revue des Journées d'Etudes Doctorales LLACS
Guerre et paix après...

Sondes ben abdallah, LLACS - EA 4582, Université Paul-Valéry (Montpellier)

 

  1.  

Le paradigme historique patriarcal s’est toujours auto-attribué l’acte de la « création » (limitant le rôle de la femme à la procréation). On a donc considéré comme « création » tout acte de production. Cette conception de la création/production a abouti non seulement à la négation de la nature, mais aussi à la négation de l’histoire, puisqu’elle considère que toute « chose » antécédente n’a pas de valeur, pas de signification et donc pas de droits. Ainsi, en voulant tester ses limites en termes de « création », le développement patriarcal est un processus qui a nécessité une certaine destruction de l’histoire culturelle et naturelle. Dès lors, l’homme pouvait considérer ses invasions comme des ‘découvertes’ et ses colonisations comme une « création » d’une civilisation. Theodore Roosevelt[1] célébrait, en 1889, l’invasion des terres d’Amérique et le pillage des populations originaires en ces termes : « ce grand continent ne pouvait pas continuer à être seulement un parc de jeux pour les sauvages. » Cinq cents ans après cet événement, le pouvoir patriarcal continue de considérer tout ce qui est « originaire » comme sauvage.

 Des études récentes nous montrent que la tradition de la chasse aux sorcières n’était pas, comme les historiens veulent bien nous le faire croire, le résultat d’un « moyen âge sombre et superstitieux » mais le point de départ « d’un Âge nouveau de modernité, l’ère des découvertes et des inventions, de la science et de la technologie modernes. »[2] Considérée comme un chaos à ordonner, la nature a toujours été investie de valeurs liées à la féminité : sa colonisation ne pouvait être possible sans la colonisation simultanée de la femme.

Cet article tente d’expliquer l’influence du processus colonial sur les identités politiques, socio-économiques et culturelles des femmes en introduisant une réflexion écoféministe et postcoloniale. Les femmes en situation coloniale et post-coloniale ont été doublement négligées : d’abord comme sujets de l’histoire par les colonisateurs et puis comme sujets d’étude par les historiens. Quelle est donc la véritable expérience féminine face à la guerre ? Et comment la raconter ? Et puis, quel impact a la colonisation sur le système du genre ?

 

  1. L’expérience des femmes face à la guerre

Loin des champs de bataille, des armures et des mitraillettes, les femmes ne sont pas moins au cœur de l’expérience coloniale. L’expérience de la guerre ou de la colonisation provoque un repli défensif de la société et donc de la famille sur elle-même, ce qui renforce l’enfermement de la femme. La femme du Sud, souffrant à la fois d’une oppression patriarcale et coloniale, d’un côté perd progressivement son identité culturelle, de l’autre réprouve l’identité féminine du Nord car issue du monde colonial.

1.1 Coloniser à travers le corps de la femme

Depuis Marco Polo, cartes postales, romans et affiches ont participé à la création d’un imaginaire colonial sexualisé autour des femmes de « l’ailleurs ». Les femmes colonisées ont toujours été l’objet de l’imaginaire des conquêtes occidentales. D’ailleurs, elles ont toujours représenté la métaphore parfaite pour symboliser ces terres orientales et africaines exotiques : les photographies orientalistes des femmes ont servi à définir l’altérité : durant la période coloniale, la notion d’un Orient qui attend d’être pénétré par l’Occident était prédominante dans l’art, notamment la peinture, la photographie et la littérature. De plus, la féminisation du territoire liait métaphoriquement la conquête des femmes colonisées à la conquête du territoire indigène inscrivant ainsi les notions sexuées de conquête et d’assujettissement dans les fantasmes coloniaux.

Cuadro de texto: Illustration 1:« La plus grande France » 
Affiche pour l’exposition coloniale internationale de 1931 à Paris
Sur cette affiche, présentée à Paris en 1931 lors de l’Exposition Coloniale Internationale, les femmes sont utilisées pour symboliser les espaces géographiques colonisés par la France. Trois jeunes femmes symbolisent respectivement l’Afrique noire, le Maghreb et l’Asie. L’Afrique domine l’allégorie tenant dans sa main une sculpture. Au premier plan, assise sur le sol, une indochinoise.  Au milieu, une jeune femme arabe symbolisant le Maghreb. Les degrés de civilisation sont symbolisés par la nudité ou la pudeur de chaque personnage. On notera que l’Africaine est pratiquement nue. On notera également que ces trois femmes sont profondément distinctes ; leurs cultures et leurs origines sont complètement diverses. Pourtant, elles sont imbriquées les unes dans les autres pour symboliser l’Empire colonial français.

Les mécanismes de colonisation cherchent souvent à détruire l’identité des peuples en s’appropriant les terres et les femmes. Les hommes sont tués tandis que les terres et les femmes deviennent des lieux sans identité, sans expression culturelle et donc des lieux neutres, prêts à être colonisés. L’État Islamique en Irak et en Syrie (appelé Daesh) essaye de détruire les minorités ethniques ou religieuses sur les territoires à conquérir dans le Proche-Orient. Les djihadistes attaquent les régions où vivent, par exemple les kurdes, les yazidis, les druzes ou les ismaéliens, tuent les hommes et enlèvent les femmes dans le but d’en faire des esclaves sexuelles. Les djihadistes cherchent à éliminer l’identité de ces peuples pour en éliminer l’existence politique ou religieuse. Les femmes, désormais sans identité, perdent leur appartenance, leurs familles, leur langue et même leurs noms (on leur attribue des noms islamiques après les avoir obligées à se convertir à l’Islam).

Les droits des femmes sont de plus en plus souvent invoqués comme justification des interventions militaires ou humanitaires occidentales dans le Sud. Pourtant, les violences contre les femmes provoquées par ces guerres sont considérables, qu’il s’agisse de violences sexuelles, d’exode forcé et plus généralement de destruction du système économique et social, appauvrissant drastiquement les femmes.

1.2 La prostitution coloniale    

Durant la colonisation française du Maghreb, des maisons closes appelées alors des « quartiers réservés » ont été créées spécialement pour les français, avec un contrôle administratif, sanitaire et policier. Les prostituées, qui sont en général des indigènes, sont recrutées dès l’âge de 12 ans et peuvent subir jusqu’à 70 rapports sexuels journaliers.

Au Maroc, à Casablanca, le « quartier réservé » est à la nouvelle Médina ; le quartier Bousbir comptera, sur un espace de 24 000 m², entre 600 et 900 prostituées qui y vivent perpétuellement comme en prison. Les guides touristiques de l’époque en parlent assez abondamment : « Les touristes amateurs d’études de mœurs sont invités à gagner la ville close de Bousbir, quartier neuf réservé aux femmes publiques […] Un cadre qui ne manque pas de poésie. »[3]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.3 Le viol

Le viol constitue une véritable arme de guerre pour les colonisateurs. Bien qu’interdit par le droit international, le viol semble pourtant admis en période de conflits politiques. Lors de l’offensive contre Berlin par les soviétiques, environ 125 000 femmes ont été violées dans le seul Grand Berlin. Lors de la guerre de libération du Bangladesh en 1971, les soldats du Pakistan occidental violent entre 200 000 et 400 000 femmes bengalis pour repeupler le Pakistan oriental de musulmans « purs ».

Cuadro de texto:  Illustration 4: Réfugiés palestiniens lors de l’exode de 1948 Source : Wikimediahttps://en.wikipedia.org/wiki/1948_Palestinian_exodus    Selon les colonisateurs, la reconstruction de la nation passe par le corps des femmes. Lors de son processus de ‘nettoyage ethnique’ en vue d’un « settlement » colonial juif (implantation), l’armée israélienne a procédé en 1948 à l’exécution de femmes enceintes sur la place publique, dans le village de Deir Yassine [ce qu’on appelle historiquement le « massacre de Deir Yassine »].

 

 

Dans le même processus d’implantation raciale, les dirigeants israéliens offraient des récompenses aux femmes israéliennes ayant eu leur dixième enfant. Ainsi le sionisme, comme tant d’autres mécanismes d’invasion, a toujours utilisé l’agression contre le corps des femmes comme un moyen infaillible pour évacuer les habitants indigènes de leurs villages natals. Selon le Ministère Palestinien des Prisonniers, depuis 1967, environ 12 000 femmes palestiniennes ont été arrêtées par les autorités israéliennes et purgent des peines qui vont jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. La plupart d’entre elles ont été emprisonnées en juin 1967 (pendant ce qu’on appelle la guerre de 6 jours qui opposa Israël à l’Égypte, la Syrie et la Jordanie) et ont eu leurs enfants à l’intérieur des prisons.

1.4. Femmes du Sud face aux dégâts environnementaux

En temps de paix comme en temps de guerre les femmes sont actrices du changement social ; elles contribuent au bien-être de leur communauté ainsi qu’à la préservation de la biodiversité, au développement social et économique et à la continuité biologique et culturelle.

Pour les femmes du Sud, les dégâts environnementaux constituent, non seulement un problème écologique, mais aussi la perte de leur patrimoine culturel. Dans plusieurs pays du Sud, les femmes sont perpétuellement en contact avec l’environnement naturel, et la biodiversité constitue parfois leur seule source de connaissance (en ce qui concerne la médecine, la cuisine, l’économie etc …). Les colonisateurs, en confisquant les terres cultivables et en obligeant les femmes à devenir des femmes au foyer les privent de leur expression culturelle fondamentale qui est l’expression écologique. Les connaissances traditionnelles de ces femmes risquent de s’éteindre en faveur de l’expansion de la culture du colonisateur. Par exemple, les connaissances traditionnelles des femmes paysannes en ce qui concerne les herbes médicinales et autres remèdes naturels, sont de plus en plus faibles face à la croissance de l’industrie pharmaceutique. Il s’agit pour ces femmes de perdre tout un « patrimoine culturel oral et immatériel ».[4] 

La réflexion écoféministe lie directement le processus de colonisation militaire à la subordination de la femme à l’homme et de la nature à l’usage humain. Globalement, le mouvement écoféministe présente l’analyse interconnectée des luttes de classe, de genre et de race comme le moyen de se battre contre le système capitaliste, colonial et patriarcal. Vandana Shiva qualifie de mal-développement le processus socio-économique qui a succédé à la colonisation des pays du Sud.  Dans son livre Staying alive[5], elle montre de quelle manière le développement exporté de l’Occident, en plus d’être un projet postcolonial, augmente souvent le malaise de ces populations. Au nom d’un progrès euro-centrique et autoréférentiel, ce mal-développement crée des formes de pauvreté jusque-là inconnues, en éliminant les conditions qui garantiraient des styles de vies plus durables et en détruisant les cultures et les structures sociales qui rendent moins conflictuel l’antagonisme humanité-nature et homme-femme.

Cuadro de texto:  Illustration 6: «Alep :  les survivants du génocide arménien en 1915)Source : Wikimediahttps://commons.wikimedia.org/wiki/File:Armenian_woman_kneeling_beside_dead_child_in_field.pngDans les pays en guerre, les femmes luttent, entre autres, pour une justice environnementale. Les dégâts environnementaux présentent une menace contre leurs familles et contre la santé de leurs enfants. Il s’agit pour ces femmes d’une lutte de survie, et leur désir d’intégrité écologique est simplement l’expression d’exigences socio-économiques urgentes.

À Naplouse, une importante ville palestinienne, des milliers d’oliviers sont détruits chaque année.  Pour les femmes paysannes, ces oliviers représentent la seule source de survie.   Pour beaucoup de femmes du Sud, les problèmes écologiques liés à la guerre ne signifient pas seulement la pollution de l’air et de l’eau à cause des gazs toxiques et chimiques mais aussi une exploitation effrénée de leur force de travail au sein des industries émergentes pendant des heures excessives et sous-payées. En Afrique et en Asie, à cause de la destruction des zones forestières, les femmes doivent maintenant chercher leur bois de cuisson de plus en plus haut dans les collines.

1.5 La dégradation du rôle social et économique de la femme colonisée

Les théories traditionnelles du féminisme occidentalocentrique (et ethnocentrique) ont contribué à l’émergence d’un féminisme colonial qui a justifié l’assujettissement des femmes colonisées.  Le féminisme, dans sa version orientaliste, était une forme d’exercice du pouvoir colonial. Plus tard, en Inde, en Égypte, en Algérie et ailleurs, les féministes néo-orientalistes ont fait de la question des femmes musulmanes « l’un des enjeux de leur « mission civilisationnelle » et de leurs politiques assimilationnistes. »[6] Dans les pays musulmans, les femmes éduquées sous la religion présentée comme fondamentaliste sont considérées comme « des êtres évoluant dans un temps ahistorique. » Elles n’ont littéralement pas d’histoire et toute analyse du changement serait donc impossible. D’ailleurs, le discours féministe sur les femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord reflète, plus qu’autre chose, l’interprétation propre aux théologiens au sujet des femmes dans l’islam.[7]

Dans le discours colonial traditionnel, les femmes du Sud sont censées subir une ‘initiation au progrès’. Il s’agit plutôt d’un conditionnement aux valeurs et références culturelles occidentales.

Cuadro de texto:  Illustration 7:  «Jeunes laveuses revenant de l’oued »(1908-1910)Etienne Dinet (1861-1929)Huile sur toile, 79 x 65 cm/ Gros et Delettrez, hotel Drouot Cuadro de texto:  Illustration 8: «Jeunes porteuses d’eau » (1907)Etienne Dinet (1861-1929) Huile sur toile, 64 x 73 cm/ Société Nationale des Beaux-Arts   Durant la colonisation française, les petites filles algériennes étaient obligées de prendre des cours de « morale » (chrétienne), de cuisine (française) et de couture. Le but étant d’en faire de bonnes épouses ou des domestiques et des gouvernantes compétentes et bien enracinées dans la culture du colonisateur. Ainsi, le discours « civilisateur », qui se veut émancipateur pour les femmes, renforce la domestication et la dépendance économique des femmes colonisées. Il y a donc une contradiction entre les objectifs affichés du colonisateur et les pratiques.

 

 

 

 

Les historiens et les études féministes ont négligé le degré d’influence sociale que les femmes du Sud possédaient véritablement et n’ont pas prêté attention à la dégradation de leur statut suite aux invasions et colonisations occidentales.

Les femmes paysannes (qui représentaient la majorité écrasante de la population musulmane féminine au dix-neuvième siècle), nomades, celles qui vivent dans des tribus ou celles appartenant aux couches populaires urbaines, exerçaient une activité économique. En Égypte, par exemple,

leurs activités économiques étaient soutenues par les réseaux locaux et informels des femmes plus aisées. Ces réseaux ont été d’ailleurs largement affaiblis suite à l’intégration de l’économie égyptienne dans le marché européen.

Au dix-neuvième siècle, et contrairement à leurs homologues européennes, les femmes musulmanes restaient propriétaires de leurs biens et continuaient à les contrôler après le mariage. Les femmes aisées ne sortaient certes pas de chez elles du fait de leur rang social mais interagissaient avec la société y compris  avec les producteurs et les commerçants. La présence de ces femmes à l’extérieur du foyer était assurée par leurs œuvres caritatives : la construction des fontaines, l’établissement des écoles religieuses ou des bains publics qui portaient leurs noms. Il s’agissait donc d’une autre méthode à travers laquelle les identités des femmes orientales entraient dans l’espace public.

D’ailleurs la colonisation n’a fait que pervertir la condition de ces femmes. En Afrique noire, les femmes travaillaient la terre et jouissaient d’une certaine autonomie financière, en gardant les bénéfices. Les colonisateurs ont refusé de reconnaître leur rôle sur le plan économique et politique. Elles furent privées des formes de pouvoir politique dont elles jouissaient avant la colonisation. De plus, les nouveaux administrateurs marginalisèrent ces femmes qui occupaient une place fondamentale dans la production agricole.

Les colonisateurs, tout en exaltant « l’émancipation » et l’intellectualisation de leurs femmes après des siècles d’obscurantisme, continuent à vouloir maintenir les femmes colonisées dans une condition de subordination, en les forçant à abandonner leur travail dans les champs et à devenir des femmes au foyer.  Les viols fréquents commis par les armées occidentales dans le Sud et en Orient, citons le cas des soldats américains en Irak et en Afghanistan, les israéliens en Palestine, les français en Afrique (Burkina Faso, Djibouti, Mali, Tchad, Gabon, etc. ) dans le cadre d’opérations de lutte antiterroriste, montrent non seulement l’atrocité physique et morale  du processus colonial mais aussi la schizophrénie du colonisateur premier défenseur, chez lui, des droits humains et de l’émancipation féminine.

2. Pour un féminisme postcolonial

 

    1. femme du Sud dans le discours orientaliste 

 Dans un article qui explore la notion de fémonationalisme[8] face aux identités des femmes musulmanes vivant en Occident, on peut lire : « L’accent mis sur le dévoilement des femmes musulmanes en Europe semble combiner, d’une part, le rêve des hommes occidentaux de découvrir la femme de l’ennemi ou du colonisé et, d’autre part, la volonté de mette fin à l’incongruité d’un corps féminin caché comme une exception à la règle générale selon laquelle celui-ci devrait circuler nu, comme monnaie courante ».[9]

Dans son livre L’orientalisme : l’Orient créé par l’Occident paru en 1978, Edward Saïd analyse la « construction idéologique de l’Orient en tant que légitimation de l’impérialisme occidental. » Il y explique, en effet, comment les nations colonisatrices empêchent les nations colonisées de développer leurs propres points de vue. Dans ce sens, le féminisme orientaliste (c’est-à-dire le féminisme occidental qui essaie d’interpréter l’expérience féminine oriental, y compris l’expérience coloniale) risque d’étouffer les voix de ces femmes en tentant justement de « parler » pour elles.

Le féminisme postcolonial[10] appelle à décoloniser la pensée féministe occidentale en remettant en cause la définition ethnocentrique du sujet politique du féminisme. Il propose de réexaminer l’histoire de l’oppression, le parcours de lutte et les objectifs à atteindre pour chaque groupe de femmes, dans son contexte racial, culturel, géo-politique et économique.

Gayatri Chakravorty Spivak, théoricienne du féminisme postcolonial, invite la critique féministe à considérer les femmes du Sud non comme « objet » de critique mais comme « sujet » de leur propre histoire au lieu de les considérer du point de vue du « sujet » féminin occidental. Dans un essai intitulé « Can the subaltern speak ? » (Les subalternes peuvent-elles parler ?) et publié en 1988, elle propose une analyse alternative des rapports entre le discours de l’Occident et la possibilité pour les subalternes, en particulier ‘les femmes subalternes’, de parler : « Faire quelque chose, travailler pour la subalterne, cela signifie l’amener dans le discours... On ne donne pas de voix à la subalterne : on travaille pour cette foutue subalterne ! » [11] 

Ainsi, le féminisme postcolonial est une alternative politique et philosophique au fémonationalisme et à la pensée féministe néolibérale: il transmet, « sans construction dichotomique de l’altérité, ni instrumentalisation raciste du genre »[12], la voix des femmes colonisées, noires, asiatiques, arabes, indigènes et autres qui n’ont pas été prises en considération dans les théories féministes occidentales. Le féminisme postcolonial étudie la situation des femmes des Suds en liant leur oppression, pas seulement au patriarcat, mais aussi à un passé ou à un présent colonial.

    1. .2. La femme du Sud et l’État-nation: de la colonisation à l’intégration ?

Le ‘colonialisme culturel’ est utilisé comme moyen d’invasion et d’aliénation massive des pays colonisés en faveur de l’expansion géopolitique du colonisateur.  En Tunisie, en Algérie, et dans la majorité du territoire marocain, appelé alors « l’Afrique Française du Nord », le discours de la condition féminine a parfaitement servi la France pour asseoir sa supériorité culturelle en mettant en valeur le traitement prétendument favorable accordé aux femmes occidentales et en dévalorisant la manière dont « l’autre », l’Orient, traite sa population féminine. L’image de la femme musulmane, représentée alors comme une manifestation de l’infériorité culturelle des pays colonisés, a fonctionné comme un symbole négatif qui justifiait l’invasion culturelle des colons européens.

Aujourd’hui encore, tout comme on expose, pour la Journée de la terre, des images sentimentales des terres abandonnées, des champs souillés ou des déchets pétroliers ravageant la mer dans les pays du Sud, pendant la journée internationale de la femme, des centaines de documentaires sont projetés dans la plupart des pays occidentaux pour dénoncer la polygamie, le viol et toute sorte de violences commises à l’encontre des femmes du Sud.

La mondialisation néolibérale qui a succédé aux guerres mondiales et au processus de décolonisation militaire des pays des Suds continue de maintenir les systèmes de subordination existants au sein du système patriarcal en les déguisant. L’économie du genre permet de fournir aux pays occidentaux une main d’œuvre féminine issue des ex-colonies et pouvant assurer des services de plus en plus « racisés ».   Des chercheurs en économie du genre qualifient ces femmes migrantes de « femmes globales » utiles au marché. Ces femmes, souvent « migrantes internationales ou post-coloniales sont devenues essentielles dans un véritable processus d’internationalisation de la reproduction sociale »[13], une sorte de stratégie socio-politique pour légitimer la mondialisation.

À ce propos, nombreux chercheurs ont noté que l’intégration effective de la femme occidentale dans le système de marché capitaliste et l’importation néolibérale de « femmes de services » des pays du Sud allaient de pair avec la multiplication des « hommes en armes. »[14]

Dans l’histoire occidentale, les tâches de care (care-domestic-sector)[15] ont été traditionnellement le travail des esclaves, des domestiques et des femmes, selon les castes. Dans la société néolibérale où le travail du care est relativement dissimulé ou rendu invisible, sa répartition sur l’échelle sociale n’est pas moins stigmatisante. Dans les pays occidentaux, les emplois qui relèvent du domaine des soins sont occupés, de manière disproportionnée, par ceux qui sont relativement dépourvus de pouvoir ; les emplois de nettoyage, de gardes d’enfants, des soins aux infirmes et aux personnes âgées, et la majorité des emplois de ‘services aux particuliers’ sont occupés par des citoyens de couleur et des immigrés et en particulier des femmes. L’émancipation de la femme occidentale, notamment son intégration notoire dans les systèmes de production capitaliste a été accompagnée par des stratégies socio-politiques d’importation de main d’œuvre féminine des pays du sud pour « assurer les tâches que l’État abandonnait [...] et que les femmes (occidentales) ne parviennent plus guère à les concilier avec le reste. »[16] Ces stratégies de féminisation des flux migratoires ont un objectif purement instrumental car la grande partie des soins fournis dans les secteurs de service « n’a de valeur que dans la mesure où ils permettent à ceux dont les besoins sont les plus complètement satisfaits de poursuivre d’autres fins. »[17] Selon la Banque Mondiale, les pays pauvres sont les premiers fournisseurs d’aide-ménagères et de nourrisses aux pays riches. Les migrations féminines ont intensément augmenté pendant les dernières décennies en réponse au besoin grandissant en travailleurs dans le domaine domestique dans les pays occidentaux. Ces femmes immigrées sont sollicitées par l’État-nation occidental qui leur offre non seulement l’opportunité de trouver un emploi dans le pays d’accueil, mais aussi l’occasion d’échapper à une réalité patriarcale qui les opprimait. L’État-Nation récupère ainsi les idées féministes de « libération » pour les adapter à son discours multiculturaliste, d’intégration, et particulièrement celui de la guerre contre le patriarcat.

 

   

  1. Et après les guerres, que deviennent les femmes colonisées ?

Bien que la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’Unesco publiée en 2005 reconnaisse que « la diversité culturelle est une caractéristique inhérente à l’humanité »[18], qu’elle devrait être « célébrée et préservée au profit de tous » y compris les expressions culturelles « des personnes appartenant aux minorités et celles des peuples autochtones »[19], il est facile de remarquer, dans le schéma multiculturel dominant, la suprématie de certaines cultures sur d’autres, voire la marginalisation totale des cultures minoritaires. La guerre et la colonisation sont parmi les raisons fondamentales de la perte de la diversité culturelle dans le monde.

Lancée en 1975, la Décennie pour les Femmes, un programme financé par les Nations Unies et qui visait à suivre, pendant dix ans,  le statut des femmes pauvres dans des pays du tiers-monde ayant obtenu leur indépendance politique, a montré que, pendant ces dix années, les conditions de vie de beaucoup de femmes pauvres s’étaient plutôt aggravées puisqu’elles devaient subir non seulement les effets du déclin économique causé par une longue phase de colonialisme mais aussi les nouvelles contraintes du néocolonialisme.

Cuadro de texto:  Illustration 10 : Vandana Shiva, philosophe et militante  écoféministe indienne.

    1. Reconstruire la Nation à travers les corps des femmes 

Selon Vandana Shiva, une militante écoféministe indienne, « Les hommes font la guerre, les femmes sont censées restaurer la vie après les guerres. »

En effet, même après les guerres, l’identité culturelle des femmes sera toujours exploitée. Un pays appauvri économiquement par la guerre ou par la colonisation cherchera à exploiter la force humaine locale et en premier lieu celle des femmes.

Après la réunification de l’Allemagne en 1990, les femmes furent les premières à être licenciées en Allemagne de l’Est suite à la fermeture des usines. En 1992, il y avait 3,2 millions de chômeurs en Allemagne, 50% d’entre eux étaient des mères célibataires, divorcées ou trop âgées pour retrouver un emploi. Les femmes avaient eu un rôle d’avant-garde dans le mouvement de protestation en Allemagne de l’Est ainsi qu’un rôle crucial lors de la table ronde des négociations en RDA avant l’unification. Mais quand l’unité politique fut réalisée et quand la distribution du nouveau pouvoir fut à l’ordre du jour de l’histoire, les femmes furent renvoyées à la maison par l’État Nation pour s’occuper des « kinder und küche » (enfants et cuisine). Beaucoup de militantes ont dû vivre l’expérience du « retour au foyer » (housewification). Simultanément, des nouvelles lois se sont instaurées pour organiser la capacité et la force-travail des femmes, en contrôlant leur fertilité, leur sexualité : c’est ce que l’État-nation appelle la politique familiale. Dans des cas extrêmes, les femmes employées font l’objet d’une surveillance de leur cycle menstruel dans leur environnement de travail pour éviter toute perturbation qui pourrait compromettre leur prestation.

Cuadro de texto:  Illustration 11 : « Nourriture pour les groupes vulnérables) Source : (United Nations and Bangladesh UN-Bd.org) http://www.un-bd.org/Timeline/Timeline.html D’un autre côté, même en ayant eu leur indépendance politique, des pays du Sud continuent à subir des pressions occidentales pour leur contrôle démographique. Les gouvernements africains et asiatiques, sous la pression de la Communauté Internationale, ont recours à des mesures contraceptives et à des campagnes de stérilisation massives des femmes.

Cuadro de texto:  Illustration 12: « Soins pré/post-natals pour les mamans et les bébés d’Orissa. (Inde)Source : DFID - UK Department for International Developmenthttps://commons.wikimedia.org/wiki/File:Changing_lives_Ante_and_post_natal_care_for_mums_and_babies_in_Orissa_(6835364123).jpg

 

 

Au Bangladesh, on utilise l’aide alimentaire réservée aux femmes les plus défavorisées comme moyen de chantage pour leur faire accepter une stérilisation en échange de quelques kilos de froment (blé tendre). Les responsables occidentaux de ce programme, appelé le Programme d’Alimentation de Groupes Vulnérables (Vulnerable Croup Feeling Programme VIF) délivrent aux femmes qui ont subi une stérilisation un certificat sur lequel on peut lire « Peut recevoir de la nourriture à charge du gouvernement. »[20]

Les études environnementales, menées dans les pays du Nord ont tendance à rendre les pays du Sud, et plus spécialement les femmes, responsables d’une surpopulation qui serait la principale cause de la crise environnementale. En polémique avec cette affirmation, des chercheurs en écologie sociale et en écoféminisme considèrent que dans certaines sociétés des Suds, les femmes, n’ayant pas accès aux méthodes de contraception, ne peuvent « régulariser » leur force productive.[21]

Selon Vandana Shiva, la solution aux problèmes environnementaux actuels ne peut pas résider dans la rupture avec des croyances et des modes de vies intrinsèques à ces peuples:

Les peuples dits « primitifs » ont toujours possédé un sens de la cosmologie planétaire, comme si chacune de leurs actions impliquait la planète tout entière. Même les communautés les plus isolées ont toujours eu une vision cosmique de notre planète et d’un certain équilibre à préserver. En ce sens, le local a toujours englobé le planétaire. Il est immoral de priver les communautés locales de leur conscience planétaire.[22]

 

    1. femmes : Militantes non reconnues ?

En 1960, le général Parquette, commandant de la 13ème division d’infanterie française en Algérie, affirmait : « l’aide apportée par les femmes algériennes à la rébellion constitue à n’en pas douter un obstacle de plus en plus sérieux sinon nouveau dans notre lutte contre l’infrastructure rebelle. » En effet, d’après les archives du Ministère Algérien de la Guerre, 11 000 femmes se sont engagées dans la guerre auprès du FLN (Front de Libération National de l’Algérie). 11 000 est le nombre de femmes ayant eu une attestation de militarisme entre maquisardes (résistantes), fidayates, moudjahidates et moussebilates. De fait, les femmes algériennes ont eu un rôle majeur dans l’Indépendance de l’Algérie. Pourtant, aucune d’entre elles n’a accédé après la guerre, à un rôle de responsabilité. Après l’Indépendance, lorsqu’on fit appel aux combattants de la guerre de Libération pour édifier le nouvel État, 9 femmes sur 194 membres étaient élues à l’Assemblée Nationale Constituante. Les élections suivantes étaient pires : seulement 2 femmes furent élues.  En 1966, Germaine Tillion, ethnologue et sociologue spécialiste de l’Afrique du Nord, constate :

À notre époque de décolonisation généralisée, l’immense monde féminin reste à bien des égards une colonie. Très généralement spoliée malgré les lois, vendue quelques fois, battue souvent, astreinte au travail forcé, assassinée presque impunément, la femme méditerranéenne est un des serfs du temps actuel.

  •  
  1.  

Le colonialisme militaire est l’une des raisons essentielles de la disparition de la diversité des expressions culturelles dans le monde. Mais il existe d’autres mécanismes de domination qui participent à ce dispositif d’assimilation comme la colonisation spirituelle (l’Évangélisation ou l’islamisation), la colonisation intellectuelle (l’imposition du rationalisme européen comme base de réflexion universelle) ou la marginalisation effective des patrimoines culturels minoritaires (populations autochtones) par des populations majoritaires se considérant de culture supérieure et demeurant sur le même territoire. Pour le patrimoine culturel des groupes colonisés, le seul avenir possible est la disparition, non par extinction physique, mais par assimilation culturelle. Et pour maintenir leur identité culturelle, ces minorités n’ont plus qu’à jouer de la marge de liberté possible dans les dispositifs de domination qui leur sont imposés. À travers l’histoire, la liberté de quelques-uns a souvent été accompagnée par la dénégation de la subjectivité et de la liberté d’un autre groupe. Les femmes, la nature et les peuples considérés comme « inférieurs » ont été transformés en « objets » dans le processus d’émancipation des sujets vainqueurs. Pour ces « autres », il est désormais impossible d’atteindre le même niveau de ‘liberté matérielle’ que ceux qui ont en ont bénéficié en échappant au domaine de la nécessité. Colonisés, exploités et naturalisés, ces peuples ne peuvent espérer une autre forme de liberté que celle qui émane d’une perspective de subsistance, à l’intérieur des limites de la nécessité, une liberté qui implique donc, et principalement, leur base de survie. L’histoire nous apprend aussi que pour les groupes ex-colonisés (pays du Sud, femmes, paysans, etc.), il devient difficile de redéfinir et de redévelopper leur propre identité qu’ils étaient contraints de dénigrer suite à une longue tradition de colonisation. Et si la subordination des femmes continue aujourd’hui, dans les Suds pourtant décolonisés, c’est que l’imaginaire patriarcal et colonial a trouvé (et continue à trouver) de nouvelles linéatures.

 

 

 

[1]             Theodore Roosevelt (junior) fut le vingt-sixième président des États-Unis de 1901 à 1909. Républicain, explorateur et militariste, il obtint en 1906 le prix Nobel de la paix, ce qui fut fortement contesté.  

[2]             Vandana Shiva, Maria Mies, Ecoféminisme, l’Harmattan, Paris, 1998, p. 167.

[3]        Christelle Taraud,  La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962), Payot, Paris, 2003.

[4]                    « Les formes traditionnelles d’apprentissage sont souvent utilisées pour transmettre le patrimoine culturel oral et immatériel d’une société : connaissances artistiques, scientifiques, religieuses, par exemple. Ce sont les formes de connaissances les plus fragiles, car elles reposent sur les capacités physiques et intellectuelles d’un nombre restreint de personnes. Leur préservation peut impliquer soit leur collecte et leur archivage – elles risquent toutefois de n’être bientôt plus que connaissances mortes, sans personne pour en expliquer l’usage à la génération suivante – soit leur maintien sous leur forme vivante et leur transmission à la génération suivante. C’est là que le projet « Trésors humains vivants » de l’UNESCO devrait se développer. » (Texte fondamental de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, Unesco, 2013, p. 3).

[5]                    Vandana Shiva, Staying alive : Women, Ecology and Survival in India, Kali for women, New Delhi, 1988.

[6]                    Azadeh Kian, « Genre et perspectives post/dé-coloniales », dans « Genre et pespectives postcoloniales »,  Les cachiers du CEDREF, n °17, 2010, p.5.

[7]                    Marina Lazreg, « Féminisme et différence : les dangers d’écrire en tant que femme sur les femmes en Algérie », dans Les cahiers du CEDREF, ibid., p.14.

[8]                    Le «fémonationalisme», compris comme la mobilisation contemporaine des idées féministes par les partis nationalistes et les gouvernements néolibéraux sous la bannière de la guerre contre le patriarcat supposé de l’Islam en particulier, et des migrants du Tiers monde en général, constitue la stratégie discursive complexe que cet article vise à déconstruire.

[9]                                                         Sara Farris, «Femonationalism and the “Reserve” Army of Labor Called Migrant Women », History of the Present, 2(2), 2012, p. 184-199.

[10]           Le féminisme postcolonial s’inscrit dans la filiation des études postcoloniales (Postcolonial studies) anglosaxonnes dont Edward w. said, Homi Bhabha et Gayatri Chakravorty Spivak furent les pionniers. C’est la parution du livre Orientalisme : l’Orient crée par l’Occident d’Edward Said en 1978 qui est considéré comme le moment fondateur du postcolonialisme. 

[11]           Leon De Kock, « Interview With Gayatri Chakravorty Spivak : New Nation Writers Conference in South Africa », dans A Review of International English Literature(ARIEL), Vol. 23, n° 3, 1992, p.46.

[12]                 Sabine Masson, «Sexe/genre, classe, race: décoloniser le féminisme dans un contexte mondialisé », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, n°3,mars 2006, p. 56-75: « Appliquée au féminisme, la pensée de la décolonisation apporte une conception non monolithique du genre, capable d’en explorer les contradictions internes et d’en finir une fois pour toutes avec le mythe selon lequel la libération des femmes découlerait du passage de la «communauté » (tradition) à la société (modernité).  [....] On peut alors commencer à « comparer véritablement » [....] les féminismes entre eux, sans construction dichotomique de l’altérité, ni instrumentalisation raciste du genre, et dans l’idée que ‘toutes les cultures, y compris la « nôtre », sont patriarcales – pas plus ou moins mais différemment patriarcales ».

[13]           Jules Falquet, « Ce que le genre fait à l’analyse de la mondialisation néolibérale : l’ombre portée des  systèmes militaro-industriels sur les femmes globales », Regards croisés sur l’économie : Regards croisés sur l’économie, n° 15, 2014/2,  p. 341.

[14]           Jules Falquet, « Ce que le genre fait à l’analyse de la mondialisation néolibérale : l’ombre portée des  systèmes militaro-industriels sur les femmes globales », op.cit. p ?

[15]                 Dans un article intitulé « Néolibéralisme, femmes migrantes et marchandisation du care », Sara R. Farris décrit les effets du néolibéralisme sur le travail des femmes à savoir « la marchandisation du secteur des services à la personne (care-domestic sector) et sa constitution en tant que marché du travail genré et racialisé », Vacarme 2013/4, n° 65, p.107-116.

[16]          Jules Falquet, «Ce que le genre fait à l’analyse de la mondialisation néolibérale : l’ombre portée des  systèmes militaro-industriels sur les ‘femmes globales’», op.cit., p. 341.

[17]                 Joan Tronto, Un monde vulnérable, pour une politique du care, La découverte, Paris, 2009, p. 224.

[18]                 Texte fondamental de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, Unesco, 2013, p. 3.

[19]           Ibid.

[20]        Vandana Shiva, Maria Mies, Ecoféminisme, op.cit., p. 214.

[21]                 Vandana Shiva, Staying alive: Women, Ecology and Survival in India, Kali for women, New Delhi, 1988, p. 47: « De Beauvoir subscribes to the myth of man-the-hunter as a superior being. She believes that instead of being the providers in hunting-gathering societies, women were a liability to the group because ’closely spaced births must have absorbed most of their strength and time so that they were incapable of providing for the children they brought into the world’. That traditional and tribal women, without access to modem contraception, could not regulate the number of their children and the number of births is turning out to be a commonly accepted patriarchal myth. Similarly, the myth of female passivity and masculine creativity has been critically analysed by recent feminist scholarship, which shows that the survival of mankind has been due much more to ‘woman-the-gatherer’  than to ‘man-the-hunter.’»

[22]           Judithe Bizot, « Entretien avec Vandana Shiva », Le courrier de l’Unesco, mars 1992, p. 8.