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Humanités des Suds, revue des Journées d'Etudes Doctorales LLACS
De l'apologie à la...

David gregorio, LLACS – EA 4582, Université Paul-Valéry (Montpellier)

 

Introduction

 

En 1939, Ángel Herrera Oria, fondateur de l’Association Catholique Nationale de Propagandistes (ACNdP) et de la Maison d’Édition Catholique, vit son journal du matin El Debate interdit. Le régime franquiste punissait ainsi la Maison d’Édition Catholique d’avoir accepté –de façon plus ou moins sincère– le cadre imposé par la II République. Seul Ya[1], journal du soir qu’Ángel Herrera lança en 1935[2], resta autorisé sous la férule de la dictature. En effet, de 1939 à 1952[3], le gouvernement imposa à sa tête Juan José Pradera, l’ancien directeur de La voz de España –journal de fet y de las jons–, et en 1952 commença « la période de plus grande collaboration avec le régime de Franco »[4], suite à la nomination par Ángel Herrera de Aquilino Morcillo[5], jusqu’alors directeur du journal grenadien de la ACNdP Ideal. De ce fait, le soutien initial de Ya au franquisme fut sans failles ; il évoquait en 1941 le coup d’État manqué de 1936 en ces termes : « 18 juillet. La pureté de cette date, si remplie de vibrations intimes pour tout Espagnol, s’épure au fil des ans, et s’enrichit d’année en année d’une signification de plus en plus profonde. »[6] Cette date fondatrice du rituel franquiste synthétisait, par antonomase, toutes les valeurs qui sous-tendaient l’essence du régime dans la rhétorique des vainqueurs. Ce jour commémorait le déclenchement d’une guerre civile présentée comme « Guerre de Libération » et premier jalon paradoxalement bienheureux du retour à la paix en Espagne : ne s’érigeait-il pas d’ailleurs en Fête d’Exaltation du Travail, en remplacement explicite du 1er mai[7] ? Les éditoriaux de chaque 18 juillet s’approprièrent dès lors le symbole et les mythes inhérents à cette date lors de chaque commémoration en temps de paix. Cependant, l’évolution du journal et celle du régime allaient se produire certes en parallèle mais pas nécessairement en consonance, et la perception du 18 juillet en est un des révélateurs. À partir du milieu des années 50, les critiques de Ya allèrent croissantes et se firent explicites dans la décennie qui suivit, à la faveur du changement d’orientation économique du régime, puis du très relatif assouplissement que supposa, pour la presse, la fin de la censure préalable en 1966. Les conséquences du Concile Vatican II n’y furent pas non plus étrangères, avec une Église espagnole, jusque-là soutien indéfectible du régime, désormais moins encline à sa légitimation aveugle.

 

1. Les mythes de la guerre : le récit de propagande franquiste de 1939 à 1975

 

Dès le 30 septembre 1936, la célèbre pastorale « Des deux Cités » du cardinal Pla y Deniel, farouche partisan du camp franquiste et futur primat d’Espagne, se référait à Saint Augustin pour distinguer, selon Paul Preston :

[…] la cité terrestre (la zone républicaine) où prédominaient la haine, l’anarchie et le communisme, et la cité spirituelle (la zone nationale) où régnaient l’amour de Dieu, l’héroïsme et le martyre. Pour la première fois le terme de « Croisade » fut employé pour désigner la guerre civile.

Avant sa publication, le texte fut soumis à Franco, qui non seulement l’approuva, mais adapta sa propre rhétorique afin d’en tirer le plus grand bénéfice politique.[8]

Le discours de propagande en temps de guerre, qui s’élaborait sur ce manichéisme à outrance, s’érigea dès lors en récit national justifiant une dictature en temps de paix, y compris lorsque celle-ci entama sa mue depuis un totalitarisme assumé vers un autoritarisme plus pragmatique.

1.1. Du coup d’État contre la II République à la « Guerre de Libération »

De 1939 à 1975, Ya orienta régulièrement l’information concernant la Guerre Civile à des fins propagandistes. La victimisation du camp franquiste enfla incontestablement l’effort de guerre : la Victoire du 1er avril aurait été obtenue grâce à une « ostentation épique de force morale » face à « la force matérielle et [au] pouvoir économique »[9] de l’ennemi. Dès lors, les combattants rebelles apparaissaient transcendés, ne pouvant être présentés au lecteur que comme

Quelques poignées de héros. Des petits soldats, de braves soldats ; quelques jeunes de la Phalange, quelques bons paysans de Navarre. Pas même une arme pour chacun, ni de munitions non plus. Et Dieu dans le ciel de l’Espagne, de bons patriotes, un Caudillo, pure incarnation du génie et de la sérénité. Et puis, vaincre ou mourir. Ou plutôt vaincre. Parce qu’ils luttaient pour l’Espagne et que l’Espagne ne meurt pas.[10]

L’invocation de la protection divine que l’on observe ici relevait en réalité d’une constante ; la rhétorique religieuse, centrale dans la propagande franquiste, distinguait la guerre civile, et la hissait au rang de « Croisade »[11] dans sept éditoriaux du 18 juillet entre 1940 et 1953. La sacralisation établissait et renforçait la grille de lecture de la propagande franquiste qui exemptait le conflit de toute considération stratégique. C’est ainsi, par exemple, que Ya reprit l’épisode du siège de l’Alcazar de Tolède[12] au service de la construction d’une authentique mystique : « Quel talisman possédait l’Alcazar de Tolède ? Une force morale immense, un patriotisme ardent, une foi aveugle en Dieu et dans les destins de l’Espagne »[13]. Fort de cette identité catholique revendiquée, le camp dit « national » vit ainsi se consolider le monopole d’une légitimité qu’il s’était arrogé pendant le conflit, au point d’incarner à lui seul « les véritables forces espagnoles »[14] et à lui seul aussi, « l’Espagne authentique ». Ce récit mythifié de la guerre visait, bien sûr, à la glorification sans retenue de la dictature ; dès lors, ce qui s’apparentait au constat de la réalité – une « dure bataille et un conflit très long »[15]– n’était qu’un argument supplémentaire à l’exaltation incessante des rebelles. En effet, pour commémorer le 18 juillet, Ya opta pour la grandiloquence : s’il décrivait un fait d’armes, c’était fatalement « la plus héroïque et féconde des batailles »[16], remportée en dépit de toutes les entraves évoquées plus haut. Ce lancinant discours allait, jusqu’aux années 60, structurer l’organisation de la mémoire collective : dans ses éditoriaux –1941, 1945, 1962–, Ya construisit aida à la construction du culte et inculqua le respect des caídos –les morts au combat du camp nationaliste– élevés non seulement au rang de héros, mais aussi de martyrs[17], selon l’appellation officielle du régime qui n’était pas sans rappeler le manichéisme de Pla y Deniel. Le 18 juillet devint ainsi une manifestation idiosyncrasique – « Être comme nous sommes. Être l’Espagne et être Espagnols. Nous avons su le faire en cette journée de 1936. » [18], car il incarnait, grâce au discours officiel, la promesse de la pérennité des croyances et des vertus exaltées par le camp rebelle : la guerre n’aurait été qu’une démonstration accomplie de la « virilité »[19] espagnole. En faisant du 18 juillet une date intrinsèquement nationale dans sa transcendance historique, qui n’était « ni anti ceci, ni anti cela, mais bien l’affirmation de l’être de l’Espagne »[20], le discours nourrit et renforça la caution morale du régime née d’une guerre « source inépuisable d’exploits épiques […] »[21]. Le « régime du 18 Juillet » devint donc l’incarnation politique indiscutable de l’essence nationale et le dépositaire naturel de la confiance du lecteur.

À l’opposé, le camp républicain était réduit à « ce qui n’est pas l’Espagne et ne l’a jamais été : les Internationales rouges, les déracinés, les athées, les sans foi ni patrie. »[22] Le « Soulèvement » n’apparaissait plus comme l’élément déclencheur d’une guerre civile, mais comme la juste réponse à un état préexistant de guerre larvée. C'est d'ailleurs à ce titre que l’éditorial de 1946 considérait que le 18 juillet avait eu lieu « à cause de la guerre que l’on nous a imposée, à cause de la guerre que nous firent les ennemis de l’Espagne »[23]. Ainsi, la présentation du « Soulèvement », on ne peut plus favorable au camp nationaliste, grâce à la glorification, la dimension téléologique[24] et l’allusion à des ennemis extérieurs, l’élevait au-dessus du coup d’État manqué : ce « ne fut pas une simple réaction contre des abus et des humiliations criminels, ce ne fut pas un pronunciamiento, mais une révolution nationale dans son sens le plus parfait. »[25] C’était donc la nature même de « Guerre Civile » qui était déniée ; il faut attendre l’éditorial de 1953 pour voir remplacer cette argutie par « les deux Espagne en conflit »[26]. Bien que la formule ne traduise pas avec exactitude la réalité historique, son apparition tardive met en évidence comment le discours d’accaparement de l’idée de l’Espagne par le seul camp dit « national » permettait de réduire la guerre à un simple conflit avec un ennemi extérieur. Ce faisant, Ya suivait bien évidemment les directives de la propagande officielle, et passait sous silence les conspirations civiles et militaires[27] qui précédèrent la tentative de prise du pouvoir, ainsi que l’appui que l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste[28] avaient apporté aux rebelles à la République.

 

Par ailleurs, jusqu’en 1967, la commémoration du 18 juillet convoqua immanquablement le souvenir de la ii République, toujours funeste dans l’imaginaire franquiste. En reprenant les caractéristiques de la « deuxième Cité » de Pla y Deniel, Ya fit régulièrement référence à la « légende noire » de la République, déjà présente avant-guerre[29] ; elle fut, à cinq reprises, dépeinte comme un régime anticlérical et anarchique, source de « lois injustes au plus haut point, imposées contre tout sens moral, par la force de la masse, voire même, par l’artifice de l’obstruction parlementaire […] »[30]. La cruauté de la Guerre Civile était délibérément oblitérée, éclipsée par l’évocation de la violence et du chaos qui auraient été l’apanage des républicains. Le discours répétait alors d’année en année la même structure binaire, légitimant un régime franquiste d’ordre et d’autorité pour lequel la guerre aurait été la seule solution. Pour le journal, en effet, la déstabilisation impitoyable de l’État, dépeinte comme stratégie politique des républicains « avait une signification qui dépassait de beaucoup la gravité de l’évènement en lui-même : il s’agissait, ni plus ni moins, que de la banqueroute de la Patrie. »[31] Le gouvernement de Manuel Azaña aurait ainsi mûrement orchestré « le chaos antinational qui allait précipiter l’Espagne dans les bras du communisme »[32], car, rappelait Ya aux jeunes générations, avant 1936 :

[…] tout en Espagne était subverti : la liberté était libertinage ; le droit était injustice et l’autorité était une tyrannique oppression. C’est pour cela que le Soulèvement fut nécessaire, et que le Mouvement fut un sursaut d’une d’authentique libération.[33]

Ya perpétuait donc le mythe, abondamment réfuté depuis par l’historiographie[34], d’une Espagne en passe d’être livrée en pâture aux communistes et à l’URSS[35]. Si l’anticommunisme fut utilisé comme cri de ralliement lors du coup d’État[36], la référence à la menace « rouge » resta surtout, postérieurement à la Guerre Civile, « […] un processus rhétorique revisité rétrospectivement par la propagande, jusqu’à devenir le deus ex machina de l’explication du conflit »[37]. Et c’est d’ailleurs dans cette optique que Ya certifiait en 1951 que Franco avait fait échouer le « plan stratégique de Staline »[38], et en 1956, que le camp des insurgés avait « infligé au communisme sa plus grave défaite »[39].

1.2. Franco, « artisan de la victoire et garant de la paix »

L’exaltation de Franco fut une constante pendant toute la durée du régime : dès 1936, « tout un appareil de propagande militaire fut élaboré, dédié à cultiver le mythe du génie politique et militaire de Franco »[40]. À travers la rhétorique martiale, Ya vantait l’expérience militaire de Franco car elle aurait assuré sa légitimité au pouvoir et plus encore : son succès politique. En effet, on pouvait lire dès 1943 : « [il] nous mena à la victoire, et s’attela ensuite à la tâche plus âpre encore, de commander et de guider notre développement futur. »[41] La dimension providentielle du 18 juillet, élevé au rang de manifestation de la volonté divine, visait par conséquent à réaffirmer la légitimité de la permanence de Franco à la tête de l’État, faisant presque de lui le représentant de Dieu en Espagne : « Dieu a voulu –pour le plus grand bonheur de l’Espagne, nous en sommes convaincus– que celui-là même qui fut Caudillo du Mouvement et conduisit nos armées à la victoire, devienne celui qui dirige […] la destinée de la nation. »[42] La guerre et la paix étaient ainsi présentées à trois reprises comme un tout dont Franco aurait été l’origine : le titre d’« artisan de la victoire et garant et ciment de la paix »[43], que la propagande avait accordé au chef de l’État, prend alors la forme d’un diallèle : la Guerre Civile aurait été un bienfait dans la paix franquiste postérieure, cette paix n’ayant été que l’heureux fruit de la Guerre Civile. Le discours officiel se justifiait ainsi en lui-même. On perçoit, cependant, un changement de tonalité à partir de la fin des années 60 : certes, jusqu’en 1959, douze éditoriaux sur vingt mettent en avant une photo de Franco, mais par la suite, il disparaît ; l’éloignement de la guerre et la durée de vie du régime imposaient désormais à Ya une réinterprétation des mythes du 18 juillet.

1.3. Vers « la conquête définitive du 18 juillet »[44] : un aperçu diachronique

L’évocation de la date du 18 juillet agissait comme un mécanisme de rappel des travers dans lesquels l’Espagne ne devait plus retomber : de fait, en 1943, 1953, 1959, 1964 et 1966, il était présenté comme une véritable « leçon et un avertissement à l’intention de l’opinion publique, en accord avec les perspectives politiques futures »[45]. Mais outre son utilisation comme mécanisme de mise en garde, Ya le dotait d’une dimension créatrice inépuisable. En tant que symbole, il perdait de son historicité : son essence, en effet, aurait toujours été en cours d’accomplissement en vue de parachever, toujours selon le journal, « le vaste sens créateur de [notre] Soulèvement »[46]. L’invoquer orientait idéologiquement l’information qui lui était associée pour doter d’autres évènements de la même portée « héroïque » : le 18 juillet 1947 devint, à ce titre, la « commémoration de deux victoires »[47], la deuxième étant le « oui » au référendum du 6 juillet 1947[48]. L’œuvre du franquisme semblait donc perpétuellement nécessaire pour l’Espagne car le 18 juillet aurait été, pour le journal Ya, en renouvellement constant. S’appuyant sur une rhétorique conquérante dans les années 40 et 50, l’attente parousiaque du « glorieux destin de la Patrie, de la conquête finale du Caudillo Invaincu »[49], rappelait la venue du Christ Roi et faisait du franquisme la « terre promise » de l’Espagne. Cependant, le ton et l’objectif de la commémoration du 18 juillet changèrent et se nuancèrent au fil des éditoriaux. Certains mythes persistèrent, d’autres s’effacèrent. Par exemple, la place désormais réservée aux ennemis du régime révèle une évolution très nette : alors que les « rouges » apparaissaient dans onze éditoriaux du 18 juillet de 1940 à 1956, il n’en était plus fait mention par la suite. Cette absence pouvait correspondre à un changement des orientations du régime en matière de propagande, dont l’inauguration du Valle de los Caídos en 1959 donnait un exemple. En effet, ce mausolée était à l’époque célébré comme un symbole de réconciliation, car le décret de 1957 permettait d’y enterrer les morts au combat quel que soit leur camp –en réservant toutefois la place d’honneur à la dépouille de José Antonio Primo de Rivera.

Le choix des titres des éditoriaux est d’ailleurs révélateur d’un changement de contenu plus ample ; l’insistance sur des « valeurs fondatrices » du 18 juillet avait dominé, on le sait, durant les premières décennies[50], tandis qu’à partir de la fin des années 50, les titres furent plus axés sur l’avenir et l’ouverture du régime.

 

2. Une réinvention du présent : le 18 juillet comme point de fuite (1939-milieu des années 50)

 

Jusqu’à la fin des années 50, Ya commémora fidèlement le 18 juillet, marque d’adhésion par excellence au régime, car :

sous la direction de Pradera, YA n’est qu’un journal confisqué au profit d’une idéologie qui n’est pas la sienne; et même par la suite, jusqu’à la promulgation de la Loi de la Presse le 15 mars 1966 par les Cortes, qui fut mise en application le 9 avril, la politique de censure et de consignes pesait de telle sorte sur le journal, comme sur tous les autres, que, même si, dans la pratique, Ya en faisait peu de cas, la compréhension des textes par un lecteur actuel requerrait la maîtrise de clefs de lectures. [51]

Les éditoriaux de Ya se plièrent aux consignes de la propagande[52] à la gloire de Franco et pour le bonheur de l’Espagne : le 18 juillet fut utilisé comme point de fuite du discours pour toute question nationale et internationale d’après-guerre.

2.1. Du soutien de l’Axe à la neutralité

En effet, Ya réinterpréta la guerre de 1939-1945 à l’aune des mythes du « soulèvement », comme si ce-dernier avait ouvert la marche historique du monde. Si, dans ses lignes, il était acquis que la victoire franquiste de 1939 avait sauvé l’Espagne de la décadence du Front Populaire et que la défaite de la France en 1940 aurait confirmé le danger mortel intrinsèque à tout gouvernement de Front Populaire. En outre, l’antériorité de la Guerre Civile aurait prouvé la supériorité sur la France d’une Espagne étrangère à tout idéal « rouge » :

La leçon de notre 18 juillet 1936 est manifeste […] en ce 18 juillet 1941. La France sait maintenant, au plus profond de sa défaite écrasante, ce que coûte un Front Populaire […]. Seule l’Espagne n’a pas supporté un Front Populaire plus de quelques mois, et a compris que la défaite de cette machinerie était une question de vie ou de mort, même au prix du sang généreusement versé. Et l’Espagne s’est lancée dans la lutte et a triomphé. [53]

Plus largement, de 1939 à 1945[54], célébrer le « Soulèvement » revint à commenter la Seconde Guerre Mondiale. Les éditoriaux se firent le relais timide de la sympathie de l’Espagne pour l’Allemagne et l’Italie, en vantant « l’audace héroïque des marins allemands et italiens »[55]. Ainsi, il découlait une certaine proximité idéologique de la publication des félicitations envoyées par Hitler à l’occasion du 18 juillet 1942 et 1943, accompagnées d’une photo de Franco faisant le salut romain.

Par ailleurs, un conflit de l’ampleur de la Seconde Guerre Mondiale permit par contraste de construire le mythe de la paix espagnole. Pour Ya, dans les années 40, la paix, toute relative puisque le maquis était toujours actif et que la répression persistait brutalement[56], était à mettre au crédit du régime né du « Soulèvement ». Grâce au 18 juillet, la situation espagnole en 1943 aurait été supposément « prospère en elle-même […] et encore plus par rapport au monde alentour »[57]. Ya la rapportait d’ailleurs au lieu commun de la neutralité espagnole. La résistance admise de Franco face aux pressions de Hitler semblait dès lors la clé du maintien de la paix pendant le conflit mondial. Ce récit mythifié passait ainsi sous silence la non belligérance, différente de la neutralité, maintenue jusqu’en 1942, et le fait que Franco « ne voulait pas seulement entrer en guerre, mais [qu’il] craignait de le faire “trop tard” »[58]. En effet, ce ne fut qu’une fois la défaite de l’Axe évidente que l’Espagne « se lança dans une course pour simuler le maintien d’une stricte neutralité pendant la première phase de la guerre, qui n’avait rien eu de vrai »[59]. Les éditoriaux de Ya perpétuèrent cette version d’une Espagne miraculée où « la guerre a rôdé autour de nos eaux et de nos territoires, elle s’est approchée de nos frontières et, pourtant, l’Espagne est fermement restée en paix. »[60] Le Caudillo, « en sauvant notre paix, gravement menacée »[61], aurait déjoué la stratégie des républicains pendant la guerre, qui « […] portait en elle le sinistre objectif de mêler notre conflit au conflit européen, prévisible et immédiat. La victoire y mit un terme, et Franco, dans une attitude pleine de sagacité, parvint par la suite à sauver la neutralité espagnole. »[62] Telle une nouvelle victoire du régime après celle du 1er avril, cette neutralité illusoire se serait imposée à un complot des « rouges », et serait devenue, grâce à une réinterprétation des mythes du 18 juillet, un but recherché dès la Guerre Civile. La paix fut ainsi saluée comme motif de satisfaction nationaliste ; véritable clé de lecture de l’Histoire nationale pendant la dictature, Ya en faisait également une preuve d’indépendance de l’Espagne face au concert des autres pays et, bien entendu, une preuve par conséquent de la bonne gouvernance de Franco.

2.2. Face à l’isolement international, une « nouvelle victoire espagnole »

La défaite de l’Axe sonna le début de l’étape dite « de survie »[63] (1945-1951) pour le régime : confronté à l’isolement international[64] du fait de son soutien aux totalitarismes, Ya réinterpréta le « Soulèvement » du 18 juillet comme un nouveau gage de paix. La thèse du complot se maintint, corrélée par la rhétorique de victimisation ou, pour reprendre l’expression plus imagée de Javier Tusell, de « l’esprit de Numance ». La paix aurait alors été une volonté frustrée du régime, victime de la rancœur des Alliés car « on vit l’heure de la passion et celle de la raison n’est pas encore venue. Dans cette atmosphère, les vrais tenants de la paix ne peuvent rien faire »[65]. La dénonciation de « l’injuste siège international imposé à l’Espagne »[66], récurrente de 1948 jusqu’en 1961[67], devint, elle aussi, un motif de fierté nationaliste relevant quasiment de la martyrologie. Dépeindre l’isolement comme un quasi chemin de croix depuis la fin des années 40 – « l’Espagne née le 18 juillet devait encore subir une épreuve d’une autre nature et qui impliquait désormais la reconnaissance de sa force authentique »[68] – permettait d’occulter les justifications politiques qui auraient évidemment mis en cause le mythe de la neutralité espagnole. Ya en concluait donc à « une nouvelle victoire espagnole, provenant du même esprit né du 18 juillet »[69], seule analyse acceptable aux yeux de la propagande.

2.3. « Un œuvre de paix, d’ordre, de justice sociale et de progrès »

La paix apparaissant comme le fruit du « Soulèvement » originel, Ya érigeait l’ordre social franquiste pendant et après la Guerre Civile en parangon de perfection, dépassant communisme et libéralisme[70] : il aurait été « identique en temps de paix et en temps de guerre, sans lutte des partis, sans lutte des classes »[71]. Ya reprenait ainsi l’un des « instruments de propagande préférés »[72] du régime, exaltant le progrès fantasmé de l’Espagne d’après-guerre, à travers l’évocation d’un monde du travail uni et pacifié –alors qu’il n’y avait qu’un syndicat unique et que la grève, par exemple, était au nombre des libertés individuelles interdites. La question sociale était finalement un facteur de légitimation politique[73] : le travail, érigé en « socle fondamental de l’État Nouveau »[74], devait tendre à démontrer que la paix sociale aurait été inhérente à la démocratie organique[75]. À cet effet, le 18 juillet fut aussi célébré en tant que fête de l’Exaltation du Travail. Ainsi, la symbiose entre la fiction d’une Espagne resplendissante, vivant dans la paix, et le souvenir d’une autre Espagne victorieuse dans la guerre – « l’Espagne qui travaille et produit – cette même Espagne qui a lutté »[76], étayait la description idyllique de la situation sociale comme un succès de plus du régime. Cependant, cette image, à l’instar de celles d’Épinal, était très éloignée de la réalité d’un pays où l’autarcie et la situation d’après-guerre réduisaient les Espagnols à des conditions de vie misérables[77]. L’exemple emblématique de cette fiction de propagande reste Madrid, qui, aux dires de Ya, « redevient la capitale de l’Espagne »[78] par la grâce du régime en 1944. En désignant la République comme seule coupable de la destruction de la ville[79], Ya passait sous silence les bombardements franquistes, qui avaient, entre autres, valu à la Gran Vía le surnom d’Avenida del quince y medio, d’après le calibre des obus tirés[80]. Faire l’éloge d’ « une œuvre de paix, d’ordre, de justice sociale et de progrès »[81], permit jusqu’en 1952 d’éluder l’état réel de destruction du pays. Quelques mesures de reconstruction[82], plus valorisantes mais peu efficaces[83], furent, sur le plan rhétorique, mises à l’honneur mais elles cachaient mal la réalité d’un pouvoir certes interventionniste mais paradoxalement dépourvu de toute politique à long terme dans ce domaine. C’est peut-être pour cette raison que Ya fit l’éloge à trois reprises, jusqu’en 1954, du renouveau moral que le régime aurait impulsé. N’était-il pas, selon le journal, un aspect tout aussi important que le bien-être matériel ? Ainsi, Ya louait en 1949 un pays dans lequel la jeunesse :

a grandi sans avoir l’occasion de lire des moqueries blasphématoires, sans se sentir persécutée parce qu’elle accomplissait ses devoirs religieux, et elle s’est vue félicitée pour tout acte témoin de sa vigueur et de sa noblesse. À l’université, elle n’a pas écouté des professeurs athées, elle n’a pas eu d’instituteurs sans Dieu, elle n’a pas subi les assauts de la tentation polymorphe de la pornographie, elle n’a pas été soumise aux tentatives internes de ridiculiser l’Espagne, par la falsification de ses traditions et de son histoire... [84]

Le traitement idéologique du souvenir du 18 juillet mobilisait, on le voit, la fibre nationaliste liée à la Guerre Civile et à la prétendue paix qui s’ensuivit, pour encenser un régime autoritaire à l’économie en lambeaux. Mais la situation économique s’améliorant dans les années 60, on observe dans son sillage une évolution de l’utilisation rhétorique des mythes du coup d’État dans les éditoriaux de Ya.

3. Un paradigme nouveau face à l’immobilisme politique (fin des années 50-1975).

Suite au tournant de 1966, qui vit le journal recouvrer véritablement « une voix propre »[85], Ya réclama, malgré la censure, une évolution politique qui réponde au développement économique évoqué précédemment[86]. Le journal, dirigé par Aquilino Morcillo jusqu’en 1974, opposa alors « à l’immobilisme du régime ses appels à l’évolution salvatrice »[87].

3.1. La critique sociale : « il n’y a pas d’œuvre humaine parfaite »

La situation économique espagnole commença son redressement à partir de la fin des années 50[88] : en 1970, une génération entière n’avait jamais connu la faim[89]. Ya ne nia pas ces résultats positifs[90] – il soutint d’ailleurs le Plan de Stabilisation de 1959[91] –, mais n’en développa pas moins une critique sociale. En effet, les éditoriaux n’hésitèrent plus à prendre une certaine distance vis-à-vis du supposé progrès social issu du 18 juillet, car les régimes « ne se jugent pas tant à l’aune de leur extrait de naissance que de leur état de services »[92]. Le rapprochement économique de la CEE[93], vanté en 1959, 1962, 1963, 1964 et 1965 conforta ce changement de perspective : l’Europe occidentale n’était plus l’ennemi extérieur dont il fallait se méfier mais un exemple à suivre, tout du moins en ce qui concernait l’économie[94].

Sur le plan social, Ya réinterpréta la ligne officielle du régime pour en conclure à sa nécessaire évolution. En 1958, sous couvert d’une précision apportée au discours de fin d’année de Franco, le journal affirma qu’ « un mouvement ne peut stagner ou s’arrêter ; il doit être en rénovation cyclique »[95], et dressa une sorte d’inventaire du franquisme, en s’attaquant aux défaillances de ses réalisations sociales. Il dénonçait ainsi qu’ « une généreuse législation sociale se soit retrouvée fréquemment dénuée du socle nécessaire à sa mise en œuvre, une véritable politique sociale de répartition n’étant pas aisément réalisable sans une politique économique de production pensée en amont »[96]. Le retournement par rapport au discours de propagande tenu jusqu’alors était sans équivoque ; si le mythe d’un pays de Cocagne s’étiolait avec les données statistiques sur la pauvreté en 1964[97], Ya le mit explicitement à mal en 1966 : « Il n’y a pas d’œuvre humaine parfaite. Et la politique sociale espagnole des trente dernières années n’est pas parfaite […]. »[98]. Ce type de critiques, ininterrompues de 1955 à 1965, faisait écho à l’augmentation des conflits sociaux des années 60[99]. Le journal détailla ainsi quatre réformes que le régime devait conduire dans le monde du travail : encourager une meilleure répartition des bénéfices au sein de l’entreprise en faveur des travailleurs, moderniser la structure de la propriété agraire, réformer la structure syndicale, favoriser une redistribution plus juste de la rente nationale[100] ; et il insista particulièrement sur le problème du logement[101] en 1955 et 1966. Les mythes du 18 juillet ne servaient donc plus à occulter la réalité sociale et le régime n’était plus exclusivement une source de bienfaits.

3.2. L’ouverture politique pour maintenir le régime et la paix

Même si les années postérieures à 1956 correspondaient à « la première tentative sérieuse d’institutionnalisation du régime »[102], les attentes politiques du journal furent plus exigeantes. Ya se situa dès lors dans la tendance aperturista, si bien que, selon José María García Escudero[103] :

La campagne de Ya demandant [la liberté] fut insistante, réitérative, et même impertinente et bornée : il profita des grandes fêtes (le 18 juillet, le 1er avril, le 1er octobre) pour faire des commentaires ouverts sur le futur, contrastant avec les évocations purement rétrospectives […]. [104]

Cette nouvelle ligne orienta considérablement les éditoriaux à partir du milieu des années 50 : quinze titres sur vingt évoquèrent soit l’avenir du régime, soit son ouverture politique[105] (voir graphique), mais elle ne signifia à aucun moment un reniement du régime. Ya défendit un réformisme modéré, car « il est toujours bon de rénover [mais] que toute rénovation demeure dans la structure fondamentale. »[106] De ce fait, l’institutionnalisation du régime et son adaptation au contexte de l’époque (le rapprochement avec la CEE par exemple) ne pouvait être évoquée que sous l’égide de deux références inamovibles : les valeurs du 18 juillet et la paix instaurée par le franquisme. En effet :

les conditions de paix, de stabilité et de progrès dans lesquelles nous vivons sont un argument de plus en faveur de tout ce qui signifie consolider, grâce à des institutions, un système politique qui, le 18 juillet, s’est enraciné au plus profond de l’âme nationale. [107]

La critique de Ya devenait cependant plus incisive à partir des années 60[108], sans doute grâce à la fin de la censure préalable en 1966 et au déclin de Franco : le journal égrena d’année en année des mesures d’ouverture, et réclama ainsi une plus grande participation populaire[109]le suffrage universel direct se limitait aux référendums et à l’élection des représentants familiaux dans les mairies et le Parlement –, une séparation de la figure du chef de l’État et du Président du Gouvernement (en 1968, 1970, 1973[110]) – deux fonctions occupées par Franco –, un « système politique stable qui, une fois pour toutes, permette [au peuple] de sortir de l’alternative séculaire entre anarchie destructrice et état d’exception »[111], ainsi qu’une loi donnant lieu à un véritable « pluralisme politique et des associations syndicales »[112]. La fidélité sans failles avait laissé place à une plus grande liberté de ton : Ya alla même jusqu’à affirmer sans ménagements que « le régime qui durant plus de trente ans a offert paix et prospérité à l’Espagne […] n’a pas seulement stagné, il donne même l’impression de régresser sur certains points »[113]. Malgré tout, les critiques ne visaient jamais la légitimité de la dictature ou ses fondements, raison pour laquelle Ya précisa que les associations politiques, lors de la timide ouverture concédée par un régime qui exécrait les partis, ne pouvaient qu’accepter le Mouvement[114], comme le prévoyait la Loi Organique d’État de 1967. Ya favorisa ainsi un débat politique plus libre, au point de devenir l’une des voix majeures du Parlamento de papel, avec la publication, à partir de 1973, des articles d’opinion du groupe Tácito[115], réformiste, et dont allaient surgir de futurs ministres des gouvernements de ucd sous la présidence d’Adolfo Suárez.

3.3. De « l’autorité » à la « participation » : le passage du relais du 18 juillet

Le symbole du 18 juillet –transcendant par définition les époques– permit à Ya de prendre ses distances par rapport à l’ancrage historico-politique du coup d’État : en tant que ligne d’horizon du régime, il dépassait la politique de ses gouvernements, finalement contingente. Ya universalisa alors le 18 juillet, en insistant sur sa valeur de symbole espagnol de facto, valeur que lui aurait conférée quarante années de régime. Ainsi, dès 1954, Ya s’adapta à la réalité sociologique de l’Espagne : face à une génération qui n’avait pas connu la guerre, il en délaissa le souvenir. Le 18 juillet deviendrait donc une référence pour tous les Espagnols, même ceux qui ne s’identifieraient pas forcément au camp rebelle : « Ce qui fut alors la victoire des uns sur les autres devient ensuite la victoire de tous »[116]. Ya fit alors correspondre le symbole à ses exigences d’ouverture politique : en 1963, il se transforma en seule « fête de la paix », une « commémoration dans une atmosphère pacifique de compréhension mutuelle, de tolérance et du vivre ensemble de nous tous qui formons cet ensemble national de volontés distinctes, mais unies dans un même destin […]. »[117] Par ce procédé rhétorique, Ya se détournait peu à peu du discours monolithique de la propagande franquiste, car le régime n’avait plus l’apanage de sa date fondatrice : le journal était en train de passer le relais du 18 juillet à une nouvelle génération, des « jeunes […] qui, avec plus d’authenticité, libres des attitudes sectorielles ou partisanes, peuvent et doivent tirer les enseignements que le 18 juillet garde en son sein. »[118] Réclamer l’adaptation du régime à l’encontre de ses propres gouvernements ne serait qu’une manifestation d’un journal fidèle à ses valeurs fondatrices, car son discours avait réinvesti le 18 juillet dans un nouveau paradigme : si en 1936, il « se résumait à ce seul mot : autorité, le 18 juillet 1970 serait en consonnance avec un autre : participation »[119]. Cette nouvelle ligne s’appuyait sur une sélection différente des mythes véhiculés depuis les années 40 : les références au complot international « rouge », exutoire favori de la propagande, disparurent pour ne constituer qu’un marqueur d’un positionnement d’extrême droite ultra que Ya critiquait en 1972 :

L’attitude de ceux qui, ignorant que toute tradition qui n’évolue pas se fossilise, […], se délectent de manière morbide –parce que toute obsession est morbide– de quelques maigres succès, que personne ne nie ; ceux qui condamnent la critique des erreurs, préférant en rejeter la faute sur des conspirations imaginaires et extérieures.[120]

Les éditoriaux des années 70, prenant possiblement acte de la montée en puissance des organisations clandestines de gauche dans le pays, semblaient d’ailleurs reconnaître dans l’ancien camp « rouge » une altérité politique digne d’être entendue[121] : « la date du 18 juillet […] admet différentes interprétations, selon le camp depuis lequel elle fut vécue ou la tournure d’esprit de chacun. »[122]. Le souvenir de la Guerre Civile se teignit alors d’une connotation négative : il n’était plus qu’un conflit néfaste dont tous les Espagnols furent victimes, et non l’exploit épique d’antan, dans la ligne du discours dit de « réconciliation ». Cette réinterprétation sociale du symbole du 18 juillet se doubla d’un changement flagrant de discours politique de la part de Ya. L’épouvantail du conflit qu’il agitait naguère pour maintenir inchangée la dictature, fut reconverti trente ans plus tard, cette fois pour œuvrer à l’ouverture du franquisme, afin d’éviter que « les fruits d’une paix féconde ne se perdent et que l’Espagne ne redevienne un jour la terre aride semée de sel par la guerre fratricide »[123]. À l’heure du déclin de Franco, le journal orienta les mythes du 18 juillet pour défendre la réforme du régime à travers la solution monarchique, vantée dans les éditoriaux de 1966, 1969, 1970, 1974, et 1975. Le peuple, réclamant « la paix et l’harmonie nationale, sans secousses »[124], aurait vu dans le Prince d’Espagne Juan Carlos[125] le garant de « la continuité sans trouble au sommet »[126] de l’État face aux excès supposés d’une rupture institutionnelle.

 

Conclusion

Les éditoriaux de Ya martelèrent les mythes construits autour du 18 juillet pendant toute la durée du franquisme, et les actualisèrent au temps présent sans toutefois cesser de réaffirmer l’adhésion à la figure du chef de l’État. De 1939 aux années 60, les éditoriaux du 18 juillet apportèrent leur contribution à la propagande de glorification du franquisme et son Caudillo : cette date symbolique offrit un prisme à l’interprétation de la Seconde Guerre Mondiale et de l’isolement international, qui inventait la réalité d’une Espagne paradisiaque et pacifiée. Or, si, durant toute l’après-guerre, Ya brossa le portrait éclatant d’un régime sans défauts garant de la paix qu’il aurait assuré, le maintien de cette même paix justifia la revendication d’ouverture du régime à partir des années 50, car Ya appela de ses vœux des réformes institutionnelles qui répondent à ses critiques sociales. Cependant, si la critique devint plus incisive à partir de 1966 – il réclama une évolution plus démocratique –, Ya ne renia à aucun moment le 18 juillet. La fonction même du symbole et le temps passant permirent de le réinvestir dans un nouveau paradigme : le 18 juillet ne constituait plus que l’essence de la paix, au nom de laquelle le régime se devait d’évoluer. Cette évolution rhétorique, assumée dans les éditoriaux de Ya, chercha à diluer les valeurs premières que portait cette date, on l’a vu, hautement symbolique : la supériorité irréprochable de la démocratie organique, la haine des ennemis « rouges » furent ainsi abandonnées au passé désormais lointain de l’après-guerre. Cela répondait, bien sûr, à une évolution idéologique du journal : Ya soutint rapidement la solution monarchique et adopta progressivement une attitude de tolérance vis-à-vis de l’opposition au régime. Par conséquent, outre les articles d’opinion du groupe Tácito dans les années 70, le traitement du 18 juillet par les éditoriaux successifs du tardofranquismo plaça la voix officielle de Ya dans la « ligne interprétative […] généralement considérée comme annonciatrice du changement démocratique »[127].

 

 

[1]             Pour avoir un aperçu chronologique de la vie de la revue, voir Mercedes Montero, Luis Alberto Andía, « La persecución de un imposible: dictadura y aperturismo. El diario Ya durante el régimen de Franco », [en ligne], 2011, disponible sur http://obs.obercom.pt/index.php/obs/article/view/388 [consulté le 07/09/2016].

[2]             Voir José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, Historia del Ya, sinfonía con final trágico, Madrid, CEU Ediciones, 2012.

[3]             José María García Escudero, YA, Medio siglo de historia 1935-1985, Madrid, La Editorial Católica, 1984, p. 47.

[4]             Mercedes Montero, Luis Alberto Andía, Op. cit., « A partir de 1952, con la entrada del nuevo director, había dado comienzo la política de máxima colaboración con el régimen de Franco. »

[5]             Voir José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, Op. cit., p. 63, et « Aquilino Morcillo, ex director del Ya, fallece en Madrid a los 77 años », El País, [en ligne], disponible sur http://elpais.com/diario/1990/12/02/sociedad/660092402_850215.html, [consulté le 15/05/2017].

[6]             Ya, 18 juillet 1941, « A los cinco años » : « 18 de julio. La virtud de esta fecha, tan llena de vibraciones íntimas para todo español, va acendrándose con el paso de los años y apareciendo a cada uno de ellos con una significación más profunda. »

[7]             Carme Molinero, La captación de las masas, Madrid, Cátedra, 2005, p. 47-49.

[8]             Paul Preston, Franco, Caudillo de España, Barcelone, De Bolsillo, 2002, p. 216. « El texto de Pla y Deniel citaba a San Agustín para distinguir entre la ciudad terrestre (la zona republicana) donde prevalecía el odio, la anarquía y el comunismo, y la ciudad celestial (la zona nacional) donde reinaba el amor a Dios, el heroísmo y el martirio. Por primera vez se empleó la palabra “cruzada” para aludir a la Guerra Civil. El texto se sometió a Franco antes de publicarse y, no sólo lo aprobó sino que, además, adaptó su propia retórica desde entonces para obtener el máximo provecho político de él. »

[9]             Ya, 18 juillet 1940, « Significación del 18 de julio » : Le camp national aurait fait preuve d’un « derroche épico de fuerza moral » face à « la fuerza material y el poderío económico (…) del lado del enemigo ».

[10]           Ya, 18 juillet 1940, art.cit : « Puñados de héroes. Unos soldaditos, unos jóvenes de Falange, unos buenos campesinos de Navarra. Ni armas para todos. Ni municiones. Dios sobre el cielo de España, buenos patriotas, un Caudillo todo genio y serenidad. Y a vencer o morir. Mejor dicho a vencer. Porque luchaban por España y España no muere. »

[11]           Voir Francisco Espinosa Maestre, José María García Márquez, Por la religión y la patria, Barcelone, Planeta, 2014, Paul Preston, Op. cit., p. 216; et Xosé M. Núñez Seixas, « Ni nota ni roja », dans Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), Los mitos del 18 de julio, Barcelone ; Crítica, 2013, p. 271. L’idéal de Croisade ne devint l’un des principaux éléments du discours soutenant le « Soulèvement » qu’en septembre 1936.

[12]           Voir par exemple Enrique Herrera Oria, España es mi madre, Barcelone, Península, 2008, p. 90. Le frère cadet d’Ángel Herrera maniait, dans ce catéchisme franquiste, tous les poncifs de la propagande contre les « rouges » et la ii République ; il consacra un chapitre aux « Héros de l’Alcazar », sauvés par Dieu et par Franco.

[13]           Ya, 18 juillet 1940, art.cit. : « ¿Qué talismán poseía el Alcázar de Toledo? Una inmensa fuerza moral, un patriotismo ardiente, una fe ciega en Dios y en los destinos de España. »

[14]           Ya, 18 juillet 1940, art.cit. : « las fuerzas españolas (las verdaderas) ».

[15]           Ya, 18 juillet 1941, « A los cinco años »: « En dura batalla y larguísima contienda, hubo que remover tremendos obstáculos. »

[16]           Ya, 18 juillet 1943, « El Caudillo preside el Pleno del Consejo Nacional de F.E.T. y de las J.O.N.S. » Ce fut par exemple le cas lors de l’évocation de la Guerre Civile, érigée en « la más heroica y fecunda de las batallas. »

[17]           Ya, 18 juillet 1945, « El Caudillo presidió ayer tarde la solemne sesión del Consejo Nacional » : « En el cuerpo de España quedan las cicatrices de la guerra. Miles de héroes y de mártires cayeron ».

[18]           Ya, 18 juillet 1948, « No permitiremos que se le corten las alas a nuestra victoria » : « Ser como somos. Ser España y ser españoles. Eso lo supimos hacer en aquella jornada de 1936. »

[19]           Ya, 17 juillet 1949, « La conquista definitiva del 18 de julio » : La guerre est une « étape virile et profonde » (« etapa viril y profunda »).

[20]           Ya, 17 juillet 1955, Editoriales de Ya, « Construcción de dentro afuera » : « No es anti esto ni anti lo otro, sino que es afirmación del ser de España ».

[21]           Ya, 18 juillet 1956, Editoriales de Ya, « Han pasado veinte años » : « manantial inagotable de hazañas épicas, de tesón inquebrantable, de serenidad, sentido político y pericia ejemplar en el Caudillo. »

[22]           Ya, 18 juillet 1940, « Significación del 18 de julio » : « Y enfrente lo que no es España ni nunca lo fue: las internacionales rojas, los desarraigados, los ateos, los que no tienen fe, ni tienen patria. »

[23]           Ya, 18 juillet 1946, « Reconstrucción nacional » : « la guerra que se nos impuso, por la guerra que nos hicieron los enemigos de España ».

[24]           Francisco Sánchez Pérez, « ¿Una guerra realmente inevitable? », dans Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), Los mitos del 18 de julio, Barcelone, Crítica, 2013, p. 7-53.

[25]           Ya, 18 juillet 1952, « Hoy celebra España el XVI aniversario, Elocuencia de los hechos y la doctrina » : « no fue una simple protesta contra criminales abusos y vejaciones, no fue un pronunciamiento, sino que fue una revolución nacional en su más perfecto sentido. »

[26]           Ya, 18 juillet 1953, « El día de lo esencial » : « las dos Españas en lucha ».

[27]           Voir par exemple Fernando Puell de la Villa, « La trama militar de la conspiración », dans Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), op.cit., p. 67. L’auteur dénombre quatre conspirations, sur lesquelles s’appuya par exemple le Général Mola pour lancer le coup d’État.

[28]           Ángel Viñas, « La connivencia fascista con la sublevación », dans Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), op. , p. 79-181. L’Italie signa des contrats de livraison d’armes aux insurgés avant le début de la guerre, et des agrégés militaires du consulat italien de Tanger auraient présenté « Franco comme leader du futur coup », après la mort de Sanjurjo le 20 juillet 1936.

[29]           Voir Hilar Raguer, « España ha dejado de ser católica », dans Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), ibid., p.239-258. Par exemple, p. 247 : on inculquait aux clercs et aux religieuses une « mentalité d’Église persécutée ».

[30]           Ya, 18 juillet 1959, « Hoy, xxiii Aniversario del Alzamiento » : « unas leyes injustísimas, impuestas contra toda moral por la fuerza de la masa, cuando no por el artilugio de una obstrucción parlamentaria. »

[31]                 Ya, 18 juillet 1940, art.cit. : « tenía una significación que superaba con mucho a la gravedad del suceso en sí. Era, nada menos, que la bancarrota de la Patria. »

[32]                 Ya, 18 juillet 1952, « Hoy celebra España el xvi aniversario, Elocuencia de los hechos y la doctrina »: « El caos antinacional que iba a precipitar a España en brazos del comunismo. »

[33]                 Ya, 18 juillet 1959, « Hoy, xxiii Aniversario del Alzamiento » : « […] todo en España estaba subvertido; la libertad, que era libertinaje; el derecho que era injusticia, la autoridad, que era tiránica opresión. Por eso fue necesario el Alzamiento y por eso también, el Movimiento fue un sacudida de auténtica liberación. »

[34]                 Ángel Viñas, Op. cit., p. 66.

[35]                 Xosé M. Nuñez Seixas, Op. cit., p. 272. Il s’agit d’une « image métaphorique et mobilisatrice de la guerre comme entreprise de reconquête face à un ennemi étranger, réel ou fantasmé, et condensé également sous l’étiquette polysémique de “rouge”. » Voir aussi Fernando Hernández Sánchez, « Con el cuchillo entre los dientes », in Ángel viñas, Fernando Puell de la Villa, Julio Aróstegui, et autres (coord.), op.cit., p. 273-290.

[36]                 Voir Xosé M. Nuñez Seixas, Op. cit., p. 266.

[37]                 Fernando Hernández Sánchez, Op. cit., p. 276 : « un procedimiento retórico que recorrió la propaganda de adelante hacia atrás, convirtiéndose en el deus ex machina del conflicto. »

[38]                 Ya, 17 juillet 1951 : « Fue nuestra Cruzada la que puso coto a una ambiciosa y terrible expansión comunista y la que destrozó el plan estratégico de Stalin. »

[39]                 Ya, 18 juillet 1956, « Han pasado veinte años » : « infligiendo al comunismo su más grave derrota ».

[40]                 Paul Preston, Op. cit., p. 220 : « Se erigió todo un aparato de propaganda que se dedicó a cultivar el mito del genio político y militar de Franco. » L’intervention de Franco était d’ailleurs présentée comme messianique, par exemple, dans le décret du 18 juillet 1938. Franco, « qui, par dessein divin et assumant la plus grande responsabilité devant son peuple et devant l’Histoire, a eu le cœur, la justesse et le courage d’élancer l’Espagne authentique contre l’antipatrie ; et qui après, en tant qu’architecte inimitable de notre Mouvement, a dirigé personnellement et à la perfection l’une des plus difficiles campagnes que l’Histoire a vues. » / « quien, por designio divino y asumiendo la máxima responsabilidad ante su pueblo y ante la Historia, tuvo la inspiración, el acierto, y el valor de alzar la España auténtica contra la antipatria; y después, como artífice inimitable de nuestro Movimiento, dirige personalmente y en forma insuperable una de las más difíciles campañas que registra la Historia. » Paul Preston, Op. cit., p. 344.

[41]                 Ya, 18 juillet 1943, « El Caudillo preside el Pleno del Consejo Nacional de F.E.T. y de las J.O.N.S. » : « Nos condujo hasta la victoria, y emprendió, acto seguido, la tarea más difícil aún, de ordenar y guiar nuestro desarrollo futuro. »

[42]                 Ya, 18 juillet 1953, « El día de lo esencial » : « Dios ha querido –y creemos que ello ha sido gran fortuna para España– que el mismo hombre que fue Caudillo del movimiento, que llevó a nuestros ejércitos a la victoria, sea al cabo del tiempo transcurrido el que rige desde la jefatura del Estado los destinos de la nación. »

[43]                 Ya, 18 juillet 1956, Editoriales de Ya, « Han pasado veinte años » : « artífice de la victoria y el defensor y afianzador de la paz lograda ».

[44]                 Ya, 17 juillet 1949, « La conquista definitiva del 18 de julio ».

[45]                 Ya, 18 juillet 1959, « Hoy, xxiii Aniversario del Alzamiento » : « para que sirva de lección y de escarmiento a la opinión pública, en orden a las perspectivas políticas del futuro. »

[46]                 Ya, 18 juillet 1944, « Madrid, otra vez capital » : « el vasto sentido creacional de nuestro Alzamiento ».

[47]                 Ya, 18 juillet 1947, « xi aniversario del Alzamiento Nacional » : « conmemoración de 2 victorias. »

[48]                 Javier Tusell, Dictadura franquista y democracia 1939-2004, Barcelone ; Crítica, 2005, p. 71. Ce référendum porte sur la Ley de Sucesión en la Jefatura de Estado, cinquième Loi Fondamentale.

[49]                 Ya, 17 juillet 1949, « La conquista definitiva del 18 de julio »: « ese venturoso porvenir de la Patria será la definitiva conquista del Invicto Caudillo que rige los destinos del Estado español. »

[50]                 Les titres ne renvoyant qu’à une simple référence au 18 juillet peuvent y être assimilés, de par la charge symbolique de la date et le souvenir latent de la Guerre Civile. Par exemple : « xi anniversaire du Soulèvement National » (Ya, 18 juillet 1947, « xi aniversario del Alzamiento Nacional »).

[51]                 José María García Escudero, Op. cit., p. 6-7 : « Después, a lo largo del periodo en que lo dirigió Pradera, YA es sólo un periódico secuestrado al servicio de una ideología que no es la suya; pero es que incluso después, y hasta que el 15 de marzo de 1966 las Cortes aprueban la Ley de Prensa, que empezó a aplicarse el 9 de abril, la política de censura y consignas pesa de tal modo sobre el periódico, como sobre todos, aunque YA hiciese en la práctica caso omiso de las segundas, que la comprensión de los textos por un lector actual requeriría la aportación de claves no siempre fáciles. »

[52]                 Voir à ce sujet José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, Op. cit., p. 59.

[53]                 Ya, 18 juillet 1941, « A los cinco años » : « La lección de nuestro 18 de julio de 1936 está patente, […], el 18 de julio de 1941. Francia sabe ahora, en lo más profundo de su derrota aplastante, lo que cuesta un Frente Popular […]. Sólo España no soportó más allá de unos pocos meses un Frente Popular, y comprendió que la derrota de aquel artilugio era cuestión de vida o muerte, de no regatear sangre generosa. Y se lanzó a la lucha y triunfó. »

[54]                 Voir Javier Tusell, Op. cit., p. 43. Ce serait la « tentation fasciste » du régime franquiste.

[55]                 Ya, 18 juillet 1942, « La verdad resplandece » : « la audacia heroica de unos marinos alemanes e italianos ».

[56]                 Voir Borja De Riquer, La dictadura de Franco, Historia de España, Volumen 9 (dir. Josep Fontana, Ramón Villares), Barcelone, Crítica/Marcial Pons, 2013, p140. L’auteur avance le chiffre de presque 50 000 exécutions.

[57]                 Ya, 18 juillet 1943, « El Caudillo preside el Pleno del Consejo Nacional de F.E.T. y de las J.O.N.S. » : « situación próspera en sí y mucho más en comparación con el mundo circundante. »

[58]                 Javier Tusell, Op. cit., p. 53. « En febrero de 1941, Franco […] le explicó al dirigente italiano que él no sólo quería entrar en la guerra, sino que temía hacerlo “demasiado tarde”. » Voir à ce sujet : Ángel Viñas, Sobornos, Barcelone, Crítica, 2016.

[59]                 Javier Tusell, Op. cit., p. 63: « Al mismo tiempo, la España de Franco se lanzó a una carrera para simular el mantenimiento estricto de una neutralidad en la primera fase de la guerra que no había sido cierta. »

[60]                 Ya, 18 juillet 1945, « El Caudillo presidió ayer tarde la solemne sesión del Consejo Nacional » : « La paz no dependía de nuestra sola vocación, sino de los apetitos y de las necesidades de los otros. Rondó la guerra nuestras aguas y nuestros territorios, se acercó a nuestras fronteras, y, sin embargo, España se mantuvo firme en la paz. »

[61]                 Ya, 18 juillet 1948, « No permitiremos que se le corten las alas a nuestra victoria »: « salvando nuestra paz, amenazada peligrosamente. »

[62]                 Ya, 18 juillet 1956, Editoriales de Ya, « Han pasado veinte años » : « […] llevaba en si el siniestro propósito de envolver nuestro conflicto en el previsible e inmediato conflicto europeo. La victoria lo impidió y Franco, en una posterior y sagacísima actitud, consiguió salvar la neutralidad española. »

[63]                 Javier Tusell, Op. cit., p. 253.

[64]                 Javier Tusell, Op. cit., p. 86.

[65]                 Ya, 18 juillet 1945, « El Caudillo presidió ayer tarde la solemne sesión del Consejo Nacional » : « Se vive la hora de la pasión y no ha llegado todavía la d la razón, y en este amiente poco pueden hacer los verdaderos amantes de la paz. »

[66]                 Ya, 18 juillet 1952, « Hoy celebra España el xvi aniversario, Elocuencia de los hechos y la doctrina » : « el injusto cerco internacional puesto a España ».

[67]                 Ya, 18 juillet 1961, Editoriales y colaboraciones, « Veinticinco años » : « […] à cause de l’isolement diplomatique qui a suivi, à cause de toute la série d’erreurs et d’injustices commises contre l’Espagne » / « […] por el aislamiento diplomático posterior, por toda la serie de errores y de injusticias que contra España se cometieron. »

[68]                 Ya, 18 juillet 1948, « No permitiremos que se le corten las alas a nuestra victoria » : « […] pero acabó la conflagración mundial, y la España nacida el 18 de julio tenía que sufrir aún una prueba de otra índole y que implicaba ya el reconocimiento de su fortaleza auténtica. »

[69]                 Ya, 18 juillet 1948, art. cit. : « una nueva victoria española, dimanada del mismo espíritu que informó el 18 de julio ».

[70]                 Voir Carme Molinero, op. cit., p. 25-26.

[71]                 Ya, 18 juillet 1940, « Significación del 18 de julio »: « Lo mismo en la paz que en la guerra, ni lucha de partidos, ni lucha de clases. »

[72]                 Carme Molinero, ibid., p. 12. « le discours sur la politique sociale devint un point de référence politique du régime franquiste et un de ses instruments de propagande préférés. » / « el discurso sobre la política social se convirtió en punto de referencia política del régimen franquista y en uno de sus instrumentos preferidos de propaganda. »

[73]                 Voir Carme Molinero, ibid., p. 22. Cela est caractéristique des régimes nationalistes et autoritaires : « pour que le mythe de la mère-patrie, qui protège tous ses membres, devienne un élément fondamental de la conscience collective, la politique sociale devait apparaître en premier plan du discours politique. »

[74]                 Ya, 18 juillet 1942, « La verdad resplandece » : « el trabajo es la base fundamental del nuevo Estado. »

[75]                 Ya, 18 juillet 1943, « El Caudillo preside el Pleno del Consejo Nacional de F.E.T. y de las J.O.N.S. ». Les Espagnols auraient ainsi perçu dans le régime « la plus haute expression de la justice, dans le domaine des fondements de la moralité mais aussi des facteurs socioéconomiques ». / « la más alta expresión de la justicia, tanto en el orden de los factores morales como en el de los económico sociales. »

[76]                 Ya, 18 juillet 1943, « El Caudillo preside el Pleno del Consejo Nacional de F.E.T. y de las J.O.N.S. » : « la España que trabaja y produce –la misma España que luchó. »

[77]                 En 1945 le salaire moyen par habitant n’était que le tiers de celui de 1935, dont le niveau ne fut atteint de nouveau qu’en 1951. En 1941, on estime à 50 000 le nombre de morts dues à des infections intestinales, avec 26 000 morts annuels entre 1940 et 1942 pour cause de phtisie. Le rationnement dure jusqu’en 1952. (Voir Javier Tusell, Op. cit., p. 40-41 et p. 100)

[78]                 Ya, 18 juillet 1944, « Madrid, otra vez capital » : « Madrid vuelve a ser capital ». 

[79]                 Ya, 18 juillet 1944, art. cit. : « Les rouges, avec leur trafic endiablé, leurs allées et venues, leurs désirs tragicomiques de fortification et leurs dernières luttes internes, ont fait du dallage urbain un véritable ravin. » / « Los rojos, con su alocado tráfico, sus idas y venidas, sus ansias tragicómicas de fortificación y los combates finales que han sostenido entre sí han dejado un pavimento de barranco. »

[80]                 Voir par exemple Bernard Bessière, Histoire de Madrid, Paris ; Fayard, 1996.

[81]                 Ya, 18 juillet 1945, « El Caudillo presidió ayer tarde la solemne sesión del Consejo Nacional » : « obra de paz, de orden, de justicia social y de progreso ».

[82]                 Ya, 18 juillet 1946, « Reconstrucción nacional » : « deux cent huit villages espagnoles ont été adoptés par le Caudillo. » / « Son doscientas ocho las localidades españolas adoptadas por el Caudillo. »

[83]                 Voir Javier Tusell, Op. cit., p. 94.

[84]                 Ya, 17 juillet 1949, « La conquista definitiva del 18 de julio » : « La juventud a la que nos referimos ha crecido sin poder leer burlas blasfemas, sin sentir que era perseguida por cumplir sus deberes religiosos, viéndose alabada por todo lo que era conducta vigorosa y noble. No ha escuchado a catedráticos ateos, no ha tenido maestros sin Dios, no se ha visto asaltada por la múltiple tentación de la pornografía, no ha escuchado que dentro de su propia Patria se tratase de ponerla en ridículo y se mixtificasen sus tradiciones y su historia… »

[85]                 José María García Escudero, Op. cit., p. 6-7: « A partir de 1966, el periódico tiene voz propia ». Voir aussi José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, Op. cit., p. 99.

[86]                 Mercedes Montero, Luis Alberto Andía, Op. cit., [en ligne].

[87]                 José María García Escudero, Ibid.., p. 11.

[88]                 Voir Javier Tusell, Op. cit., p. 155-168.

[89]                 Voir Javier Tusell, Ibid., p. 122-197 : l’essor économique se fait grâce aux aides américaines de 1953, au développement du tourisme, à l’augmentation de la productivité, aux « remesas » envoyées par le million de migrants entre 1960 et 1973…

[90]                 Ya, 18 juillet 1965, Editoriales y colaboraciones, « El hoy y el mañana del 18 de julio » : « aujourd’hui ; il faut voir dans le 18 juillet l’élan vers une Espagne plus aisée moralement et matériellement, plus saine et plus propre, plus conviviale et plus travailleuse. » / « hoy es preciso ver en el 18 de julio el arranque hacia una España más holgada de bienes morales y materiales, más sana y más limpia, más conviviente y más laboriosa. »

[91]                 Ya, 18 juillet 1959, « Hoy, xxiii Aniversario del Alzamiento ».

[92]                 Ya, 18 juillet 1962, Editoriales y colaboraciones, « De cara al porvenir » : « no se valoran tanto por su partida de nacimiento como por la hoja de servicios. »

[93]                 Javier Tusell, Op. cit., p. 124.

[94]                 Ya, 18 juillet 1964, Editoriales y colaboraciones, « Proyección hacia el futuro » : Ya souhaite « résolument entrer dans le jeu de l’osmose intereuropéenne ». / « entrar con resolución en el juego de la ósmosis intereuropea ».

[95]                 Ya, 18 juillet 1959, « Hoy, xxiii Aniversario del Alzamiento » : « un movimiento no puede estancarse ni detenerse, sino que ha de estar en periódica renovación. »

[96]                 Ya, 18 juillet 1959, art. cit. : « […] una generosa legislación social se haya encontrado frecuentemente sin la base necesaria porque una verdadera política social de distribución no es fácil sin una previa política económica de producción. »

[97]                 Ya, 18 juillet 1964, Editoriales y colaboraciones, « Proyección hacia el futuro »: « il est évident que nous faisons partie du groupe de pays possédant une richesse inférieure à la moyenne. Et face aux 2.500 dollars annuels par habitant des États-Unis, les quelques 400 qui correspondent à chaque Espagnol ne font pas très bonne figure. » / « es obvio que formamos entre el grupo de países con riqueza inferior a la media. Y frente a los 2.500 dólares por habitante y año de Norteamérica, no hacen demasiado buena figura los casi 400 que corresponden a cada español. »

[98]                 Ya, 18 juillet 1966, Editoriales y colaboraciones, « Treinta años históricos en la vida española » : « No hay obra humana perfecta. Y no es perfecta la política social española de los últimos treinta años, en la que cabe señalar, sin duda, metas no logradas y claras imperfecciones. »

[99]                 Les grèves de 1962 et 1963 dans les Asturies par exemple.

[100]             Ya, 18 juillet 1964, Editoriales y colaboraciones, « Proyección hacia el futuro ».

[101]             Carme Molinero, Op. cit., p. 136-143. L’Espagne était déficitaire, en 1952, de 700 000 logements, en plus des quelques 5 000 000 constructions insalubres ou en mauvais état.

[102]             Javier Tusell, Op. cit., p. 144. « Los años que siguen a 1956 se caracterizan por presenciar el primer intento serio de institucionalización del régimen, proceso al que Franco había sido renuente. » Cela se poursuit avec le gouvernement de 1965.

[103]             Voir José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, Op. cit., p. 99-100.

[104]             José María García Escudero, Op. cit., p. 13-14 : « la campaña de Ya pidiendo (la libertad) fue insistente, reiterativa, incluso impertinente y machacona: aprovechó las grandes fechas (el 18 de julio, el 1 de abril, el 1 de octubre) para comentarios abiertos al futuro, en contraste con las evocaciones exclusivamente retrospectivas ».

[105]             Par exemple, celui du18 juillet 1957 : « Lo esencial, inmutable, y lo ocasional, perfectible ».

[106]             Ya, 18 juillet 1954, « Cara al porvenir » : « siempre hay que renovar [pero] que toda renovación quepa dentro de [la estructura fundamental]. »

[107]             Ya, 18 juillet 1957, « Lo esencial, inmutable, y lo ocasional, perfectible » : « las condiciones de paz, de estabilidad y de progreso en que vivimos [son] un argumento más en pro de todo lo que signifique afianzar, mediante instituciones, un sistema político cuyas raíces hincó el 18 de julio en lo más hondo de la entraña nacional. »

[108]             Voir Mercedes Montero, Luis Alberto Andía, op. cit.

[109]             Ya, 18 juillet 1966, Editoriales y colaboraciones « Treinta años históricos en la vida española ».

[110]             Ce n’est qu’en 1973, avec la nomination de Carrero Blanco, que le chef de l’État n’occupe pas ce poste.

[111]             Ya, 18 juillet 1968, Editoriales y colaboraciones, « Desarrollo político también » : « un sistema político estable que de una vez para siempre le permita [al pueblo] salir de su secular alternativa entre la anarquía destructora o el estado de excepción. »

[112]             Ya, 18 juillet 1970, Editoriales y colaboraciones, « Autoridad y participación » : « […] pluralismo político y asociaciones sindicales. »

[113]             Ya, 18 juillet 1971, Editoriales y colaboraciones, « Política hacia delante » : « pensamos que el régimen que durante más de treinta años ha dado a España paz y prosperidad […] no sólo se ha detenido, sino que en determinados aspectos produce incluso la impresión de retroceso. »

[114]             Ya, 18 juillet 1972, Editoriales y colaboraciones, « Asegurar el futuro » : une politique « à laquelle participent activement toutes les forces et tendances politiques qui acceptent les bases constitutionnelles du Régime » / « en la que participen activamente todos las fuerzas y tendencias políticas que aceptan las bases constitucionales del Régimen. »

[115]             Voir Ricardo Martín de la Guardia, Cuestión de tijeras, Madrid ; Síntesis, 2008, p. 103-104, et José Antonio Martín Aguado, José R. Villamor, op. cit., p. 99-101.

[116]             Ya, 18 juillet 1957, « Lo esencial, inmutable, y lo ocasional, perfectible » : « eso condujo a la victoria de unos sobre otros en la ocasión, pero después es la victoria de todos. »

[117]             Ya, 18 juillet 1963, Editoriales y colaboraciones, « Fiesta de paz » : « conmemoración en la pacífica atmósfera de la comprensión mutua, de la tolerancia y de la convivencia de cuantos formamos este conjunto nacional de voluntades distintas, pero unificadas en un mismo destino […]. »

[118]             Ya, 18 juillet 1965, Editoriales y colaboraciones, « El hoy y el mañana del 18 de julio » : « Los jóvenes son quienes, con más autenticidad, no viciados por actitudes de sector o de bandería, pueden y deben sacar las consecuencias que el 18 de julio de 1936 guarda en su entraña. »

[119]             Ya, 18 juillet 1970, Editoriales y colaboraciones, « Autoridad y participación » : « Si aquella fecha era esa sola palabra, autoridad, el 18 de julio de 1970 es otra palabra: participación. »

[120]             Ya, 18 juillet 1972, Editoriales y colaboraciones, « Asegurar el futuro » : « es la actitud de quien, desconociendo que toda tradición que no evoluciona se fosiliza […], se recrean morbosamente –porque morbosa es toda obsesión– solo en unos logros que nadie niega, rechazan la crítica de las equivocaciones, prefiriendo echarle la culpa a imaginarias conjuras exteriores. »

[121]             Voir José María García Escudero, Op. cit., p. 14. « [Ya] mit en exergue le caractère de guerre civile authentique, entre frères […] et utilisa les déclarations des personnalités les moins équivoques, et en premier lieu celles de Franco lui-même, pour en extraire les conclusions qui l’intéressaient. » / « [Ya] destacó el carácter de auténtica guerra civil, entre hermanos […] y utilizó las declaraciones de las personalidades más inequívocas, y en primer lugar las del propio Franco, para extraer de ellas las conclusiones que le interesaban. »

[122]             Ya, 18 juillet 1972, Editoriales y colaboraciones, « Asegurar el futuro » : « la fecha del 18 de julio de 1936 […] admite diferentes interpretaciones, según el lado o el matiz desde el que se la vivió. »

[123]             Ya, 18 juillet 1974, Editoriales y colaboraciones, « Autoridad y participación » : « […] que los frutos de una paz fecunda no se pierdan y que España no vuelva nunca a ser el árido solar sembrado de sal por la lucha entre hermanos. »

[124]             Ya, 18 juillet 1969, Editorial y colaboraciones, « Lo que importa es servir la nación »: « la mayoría de nuestro pueblo, que efectivamente lo que pide es que se le garanticen “la paz y armonía nacionales, sin altibajos” […] »

[125]             Mercedes Montero, Luis Alberto Andía, Op. cit.

[126]             Ya, 18 juillet 1975, Editoriales y colaboraciones, « Impóngase el buen sentido ». « [El Príncipe] sigue polarizando el afecto y el interés de los españoles, que en él ven la continuidad sin trauma en la cúspide. »

[127]             Ricardo Martín de la Guardia, Cuestión de tijeras, Madrid ; Síntesis, 2008, p. 103 : « Las páginas de opinión del Ya concitaron algunas de las plumas más representativas del aperturismo periodístico de la pre-Transición y definieron una línea interpretativa tanto de la realidad española del momento como de su porvenir político generalmente reconocida como precursora del cambio democrático de nuestro país. »